De la chapka au bikini

Si vous avez trouvé que les articles se sont mis à raccourcir ce n’est pas une illusion et celui-ci le fera encore d’avantage! Notre voyage ainsi que l’énergie que nous mettons à écrire le blog touchent à leurs fins et nous préférons vous raconter tout cela bientôt de vive voix!

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Notre retour de Saint-Pétersbourg à Poitiers ne commence pas de la meilleure manière. Nos kilomètres à travers la Russie et les Pays Baltes sont bercés par ce que la météorologie appelle un mélange hivernal. Il ne s’agit pas d’une salade de légumes de saison mais d’un fin mélange de neige, grêle et pluie, assaisonné d’un vent fort.

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Nous passons ainsi quelques sales quarts d’heure noircis davantage par la conduite de quelques chauffards. Le mauvais temps ne rend pas les automobilistes plus courtois, ils nous frôlent, nous éclaboussent et cela rend nos nerfs un peu fragiles. Seulement un jour, alors que nous pédalons sous la neige depuis plus d’une heure, une voiture s’arrête et un homme en descend avec deux cafés chauds et un paquet de gâteaux. « I think you need that » nous dit-il avant de remonter aussitôt dans sa voiture.

Nous pensions suivre une piste cyclable mais il n’en est rien : quand elle ne nous envoie pas pédaler sur les routes nationales elle nous perd dans des chemins inexistants.

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Le printemps nous arrive finalement entre la Lituanie et la Pologne. Malgré le vent continuel nous pédalons avec plus de plaisir et commençons même à avoir quelques idées de baignade.

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La suite du retour se fait dans le même ton printemps-été à travers l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique.

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Bon… c’est déjà la fin de l’article. Bien sûr vous n’avez pas vu de photos de bikini. Mais on pensait qu’à défaut de contenu il nous fallait mettre un titre accrocheur !

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La pause du transsibérien

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Avant notre départ de France, nous nous rappelons imaginer la ville d’Esztergom en Hongrie comme un bout du monde. Son nom même, aux sonorités étranges, nous la rendait lointaine et il nous était difficile de nous projeter abordant un jour ses rives en kayak. Alors, quand nous évoquions Vladivostok cela avait pour nous des allures de rêve irréalisable. Esztergom nous paraît désormais faire parti d’un passé lointain et c’est au présent que nous marchons dans les rues de Vladivostok. C’est drôle, les durées semblent se distordre, une éternité peut devenir un instant et le voyage devient une grande machine à mélanger les temps. Et maintenant le temps est au retour. Dans moins de trois mois nous serons en France.

La ville de Vladivostok semble être un résumé de notre voyage. Elle est russe et nous y voyons des produits que nous avons mangés dans les différents pays d’ex Union Soviétique traversés. Nous y retrouvons aussi le plov et les samsas d’Asie Centrale, les gimchis de Corée, les sushis du Japon et de gros raviolis cuits à la vapeur nous rappellent la Chine. Outre les supermarchés, nous visitons le musée Arseniev. Les périples de cet explorateur russe, accompagné de Dersou Ouzala, nous avaient faits rêver et donné des désirs de grands espaces.

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À Vladivostok nous sommes accueillis par Evgeni. Il enseigne la géographie et joue de la guitare. Il nous propose de passer quelques heures dans son lycée, de présenter notre voyage et de jouer plusieurs morceaux en sa compagnie.

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Rapidement il est l’heure d’embarquer avec tout notre attirail dans le transsibérien. Et ça n’est pas une mince affaire… Nous pourrions en écrire un roman mais nous la résumerons en quelques lignes :

Après nous être fait aboyer dessus par différents dogues en uniforme puis nous être fait trimballer d’un wagon à l’autre, on nous laisse installer nos vélos sur une de nos couchettes et nous finissons d’apporter nos bagages juste avant le coup de sifflet final. Cependant nous sommes bien embêtés : nous n’avons plus qu’un lit large d’à peine 50 centimètres pour passer sept jours dans le train. Qui plus est, ce lit est coincé sous le plafond et il est impossible de s’y asseoir sans être courbé… Il ne nous reste plus qu’à profiter des 40 minutes de pause à Khabarovsk pour acheter un ticket supplémentaire.

Nous pensons enfin pouvoir profiter tranquillement du trajet mais le répit n’est que de courte durée. Dans notre wagon, sans même nous avoir adressé la parole, un groupe s’est persuadé que Nicolas est musulman. Le soir venant et la vodka aidant, ils deviennent de plus en plus imbibés et agressifs. Malheureusement ils ont le consentement des deux responsables de wagon. On nous montre du doigt, on nous insulte en russe et nous passons quelques moments désagréables. Le plus débile d’entre-eux bloque Nicolas dans le couloir et lui demande à plusieurs reprises de faire le signe de croix. Nicolas refusant, il lui tire la barbe en l’insultant. La tension monte et nous ne savons pas vraiment où cela s’arrêtera. Heureusement, nos voisins ouzbèkes calment le jeu et tentent de discuter avec eux pour les apaiser. On admire leur attitude paisible face à la haine et la stupidité qui se lisent dans les yeux de leurs interlocuteurs. Eux sont musulmans et cela doit leur être encore plus douloureux de subir ce discours haineux.

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Après deux jours pénibles, l’ambiance s’apaise et nous profitons du voyage en compagnie de nos amis ouzbèkes. Un peu plus plus tard, une jeune russe parlant anglais arrive dans notre wagon et finit de débloquer la situation. Elle nous explique que ce genre d’incident est très rare mais que deux amis à elle en ont subi des pires : un ami barbu s’est fait tabasser et couper la barbe dans la rue tandis qu’un autre, aux cheveux longs, s’est fait frapper et taillader sa veste car on le pensait homosexuel.

Durant les sept jours de trajet qui nous mènent à Moscou, nous voyons défiler un unique paysage, plus ou moins enneigé, composé de prairies et de forêts de bouleaux et de sapins. Quelques villages ou parfois une rivière encore gelée rompent la monotonie de notre contemplation sibérienne.

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Nous passons deux jours à Moscou à discuter avec un autre cyclo-randonneur français logeant aussi chez notre hôte Aleksander. Ça nous fait très plaisir de partager nos histoires de voyage respectives mais pour ne pas passer pour des imbéciles nous prenons quand même une matinée pour nous balader sur la Place Rouge.

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Pour le train jusqu’à Saint-Pétersbourg nous nous préparons à contourner tout éventuel problème. Nous achetons donc directement trois places (il faut dire que le prix de la place n’est pas excessif, pour 10 euros par personne nous faisons la liaison entre les deux villes) et deux tickets pour les vélos. Nous arrivons deux heures en avance mais grand bien nous en prend car nous nous apercevons que nous ne sommes pas à la bonne gare. Six kilomètres plus tard nous nous précipitons sur le bon quai et commençons à négocier pour faire rentrer nos vélos dans notre wagon. Malgré nos précautions ça n’est toujours pas aisé. Il n’y a pas de solution miracle, faire voyager des vélos dans des trains russes semble être bien difficile.

À Saint-Pétersbourg nous prenons encore quelques jours de repos touristique avant de chevaucher nos vélos pour le retour.

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Dernières soirées au pays du matin calme

En revenant en Corée, nous attaquons le dernier virage précédent la ligne droite du retour. Avant d’être catapultés en Europe nous devons nous confronter à nouveau aux administrations et résoudre le problème épineux du visa russe. Le faire à Séoul ou à Busan? Y aller à vélo, en train ou en stop? Agence ou non, lettre d’invitation… Nous sommes pressés de rentrer mais nous devons immanquablement passer par là.

Nous avions décidé de passer quelques semaines chez Hwayoung et Chan. Ils habitent au centre de la Corée, près de Daegu et demandent un coup de main pour divers travaux. Nous pédalons donc de Busan à Daegu pour nous rendre chez eux. Le retour aux pistes cyclables apparaît comme un soulagement après les grands axes japonais. Néanmoins notre moral ayant été rudement entamé par le mois précédent il nous en faudrait davantage pour nous remettre en selle. Nicolas surtout n’est pas en forme, il a attrapé un coup de froid et se traîne sur son vélo plus qu’il ne pédale. Il faut dire que les températures négatives la nuit ne nous aident pas. Heureusement, notre tenue tout confort à la japonaise nous permet de dormir convenablement : petites chaufferettes à glisser dans les chaussettes ou le sac de couchage et masque en polaire pour protéger le bout du nez. Avec ça comment fait-on pour continuer à se plaindre ?

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Enfin, nous ne sommes tout de même pas mécontents de dormir bien au chaud en arrivant chez Hwayoung et Chan. Elle est professeur d’anglais et lui de Kuksundo. Le kuksundo est un art martial et méditatif coréen. Chan nous a invité à plusieurs reprises à participer à ses cours qui ont lieu tous les matins de 6h à 7h. Comme nous avions quelques difficultés à nous réveiller, il a fini par nous proposer un cours personnel le soir !

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Nous les aidons dans différentes tâches, mais ce qui nous occupe le plus c’est la construction d’un mur en pierres sèches. Hwayoung nous fait découvrir la cuisine coréenne et nous initie à la cueillette de quelques plantes printanières comestibles. Nous goûtons avec plaisir à tous ces plats et notons plusieurs recettes à essayer à notre retour.

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En plus de nous nourrir grassement, ils résolvent nos problèmes à coup de baguette magique. Nos visas sont envoyés par la poste, ils obtiennent une réduction pour le ferry qui nous mènera à Vladivostok, ils réparent le porte-bagage arrière de Nicolas et en prime nous offrent un téléphone dont ils ne se servent plus.

Ils nous enlèvent un bon poids des épaules et ainsi, l’esprit tranquille, nous passons notre temps libre à nous balader. Nous profitons notamment de l’une de nos journées de pause pour visiter le temple d’Haiensa.

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Un autre week-end nous participons à la fabrication artisanale de sauce soja et de doenjang, une pâte de soja similaire au miso japonais. Un groupe de musique anime la journée avec les morceaux qui étaient traditionnellement joués à cette occasion.

Hwayoung nous présente des amis qui tiennent un bar musical dans leur village. Ils souhaitaient proposer un concert tous les vendredis soir mais ils manquent de musiciens. Ils nous invitent donc à jouer et présenter notre voyage en échange d’un bon repas. Sur la photo, si Nicolas joue assis par terre ce n’est pas pour faire son malin (quoique), mais c’est qu’il n’arrive plus à jouer autrement. Le derbouka acheté pour le voyage est très léger et lorsqu’il en joue sur une chaise, il a tendance à tomber.

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Nous reprenons la route trois semaines plus tard et nous dirigeons vers Pohang, sur la côte est de la Corée. Peu après la ville de Daegu nous nous rendons compte qu’il n’est pas possible d’emprunter à vélo la route que nous voulions prendre. Elle est interdite aux deux roues et la seule alternative, outre l’autoroute, est un détour de 80 km… Nous commençons à pester mais c’est oublier que désormais nous avons le joujou offert par Hwayoung. À ce moment, nous nous rendons compte qu’un smartphone peut être bien utile. Nous découvrons une route, invisible sur notre carte, qui nous fait traverser la montagne et nous envoie à un peu plus de 50 km au nord de Pohang. Bon, ça tire un peu plus sur les mollets que prévu mais la route est plaisante.

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Finalement nous arrivons bien sur la côte coréenne. Le temps est ensoleillé et nous profitons des plages et des paysages de bord de mer.

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La route n’est pas exactement comme on nous l’avait annoncée. On nous avait promis une route absolument plate suite à une démonstration à la logique implacable : la route est plate puisqu’elle est proche de la mer. En effet, on ne nous avait pas menti, la mer est plate. Cependant, malgré nos progrès dans la pratique du vélocipède, nous nous obstinons à croire que nous ne sommes toujours pas en mesure de pédaler sur l’eau. Nous empruntons donc la route qui, elle, monte et descend tout en restant proche de la mer…

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Après une dizaine de jours passés sur la côte, nous arrivons tout excités à Donghae. Nous embarquons avec un sentiment particulier sur notre dernier ferry. Nous allons arriver à Vladivostok qui était le bout de notre voyage. Ça y est, nous sommes vraiment en train de rentrer en France !

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La tête dans les bambous

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Notre séjour chez Nanami et Nodoka nous a reposés et réparés. Pleins d’énergie nous récupérons nos vélos et quittons les collines de Motoyama. Cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas pédalé de si bonne humeur. Les nuages sont bien sombres mais nous pédalons en évitant les plus grosses averses. Le soir nous nous arrêtons à côté d’une rivière, contents de la journée accomplie malgré le temps mitigé. Mais une première mauvaise surprise nous tombe dessus. De l’essence s’écoule du tuyau qui conduit jusqu’au brûleur de notre réchaud. Le joint qui permettait l’étanchéité est mort. Par chance nous en trouvons un neuf dans notre kit de réparation. Nous sommes un peu inquiets de cette nouvelle alerte de notre matériel mais mangeons tout de même chaud.

Une deuxième mauvaise surprise arrive à la fin du repas. A la dernière bouchée, les premières gouttes d’une averse commencent à tomber. Puis rapidement la pluie et le vent forcissent, nous courrons planter le tente avec précipitation et la clouons de six sardines. Déjà bien trempés nous nous tournons vers la bâche pour couvrir les vélos mais celle-ci s’envole et pique en direction de la rivière. Camille se met alors à courir à sa poursuite. Mais voilà que la tente les imite. Elle les double même, emportée par l’élan d’une bourrasque plus puissante. Heureusement, nous récupérons la bâche et la tente avant qu’elles ne plongent à l’eau. Cette dernière en est quitte pour des égratignures, des déchirures et une grande balafre dans la porte. Nous plaçons la bâche à cet endroit et rentrons dans la tente avec toutes nos affaires.

Nous sommes trempés, gelés. Nous nous endormons, épuisés en pensant qu’une seule soirée a déjà dilapidé une grande part de l’énergie accumulée pendant un mois.

Les nuages, eux, épuisent leurs réserves d’eau pendant la nuit et au petit matin le ciel est clair. A midi nous récupérons le chargeur et l’adaptateur oubliés dans des toilettes publiques le mois précédent. A 19h30 nous embarquons dans un ferry pour quitter l’île de Shikoku. A minuit nous débarquons à Kobe et enfin une demi-heure plus tard nous plantons la tente dans le parc le plus proche du port. Cette journée, elle aussi, était bien remplie. Au petit matin nous nous réveillons avec une belle vue sur les ponts et la circulation. Mais bon, la veille à minuit nous n’avions pas longtemps disserté sur les qualités et défauts du lieu…

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Nous n’avons malheureusement que peu de temps pour rejoindre la seconde ferme. Nous passons le plus gros de la journée sur nos vélos, le cerveau comme déconnecté pour ne pas être trop sensibles à la circulation environnante. Nous traversons ainsi Kobe, Osaka, la banlieue de Kyoto et Nagoya. C’est d’ailleurs à Nagoya que la route sera la plus effrayante. Nous traversons la ville sans la voir, cloisonnés sur une voie express presque entièrement construite sur une pont. Sur cette deux fois deux voies, coincés entre deux grandes parois opaques, nous nous sentons assez peu à notre aise…

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Tout ça pour dire que nous ne sommes pas mécontents d’arriver à la ferme suivante. Celle-ci se situe près de la ville de Yaizu, non loin du mont Fuji. Hila et Daï nous y accueillent. Ils se sont installés ici il y a quelques années pour reprendre une bambouseraie. Au printemps ils vendent des pousses de bambous, l’été ils font chambre d’hôtes et l’hiver ils préparent du bambou pour le vendre à des artisans.

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C’est pour ce travail que nous les aidons. Le matin Dai et Nicolas partent dans la forêt pour couper des bambous. Ils les divisent en quatre, puis les fendent en deux.

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Hila et Camille cassent les opercules et plongent les pièces de bambous dans une grande baignoire d’eau bouillante.

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Les bambous sécheront ensuite pendant un mois.

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Les artisans en tireront des lamelles avec lesquelles ils réaliseront divers objets : paniers, abat-jours…

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Le coin où se situe la ferme est charmant. Les voisins sont tous agriculteurs et alternent au fil de l’année culture de riz, de thé et de pousses de bambous. Ils sont très attentionnés et viennent fréquemment toquer à la porte pour offrir légumes ou plats mijotés.

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Une fois la découpe des bambous finie nous aidons Hila et Daï à rénover leur maison d’hôtes. Nous les aidons également à dévorer les diverses spécialités que leurs voisins apportent. Dans notre découverte de la culture japonaise, nous nous plongeons bien plus ardemment dans la gastronomie que dans le labeur. En cuisine nous aimons goûter la différence et confronter notre palais à des saveurs inhabituelles. En ce qui concerne le travail, nous nous confrontons avec bien moins de plaisir à la conception qu’en ont nos hôtes. Nous la subissons au contraire avec un petit goût amer.

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Ceci-dit nous profitons avec plaisir de notre temps libre. Nous randonnons dans les collines avoisinantes et avons parfois la chance d’apercevoir le mont Fuji.

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Un mois après être arrivés ici, nous reprenons la route en direction d’Osaka. Gardant quelques traumatismes quant au coût de la vie au Japon, nous nous jetons avec boulimie dans la consommation quand sur la route nous rencontrons de rares produits aux prix raisonnables. Ce qui fait, qu’uniquement pour les petits déjeuners, nos sacoches se trouvent remplies de 500 g de confitures, un kilo de pâte d’arachide et plus de deux kilos de miel ! Ajouté à cela les légumes, les féculents (dont 3 kilos de pâtes) ainsi que les souvenirs en bambous que nous ramenons de la ferme… Par le poids nous ne ressemblons plus vraiment à des voyageurs à vélo.

Nous longeons la côte jusqu’à Nagoya, épuisés par un vent de face quotidien. Arrivés dans la ville nous nous installons pour jouer dans la rue à côté d’une galerie marchande. L’après-midi est mouvementé : on nous demande de déménager, nous jouons à un autre endroit, une personne nous invite à dormir chez elle, puis, alors que l’on vient à nouveau nous demander de partir, la télévision locale arrive et nous demande de participer à leur émission. Ayant du temps à perdre et amusés de l’expérience, nous acceptons. (Nous espérions aussi avoir quelque chose à raconter dans notre prochain blog).

Il s’agit juste de faire une introduction de quelques minutes à la météo en interviewant des gens rencontrés dans la rue. Afin d’être sûr que nous dirons ce qu’ils désirent nous répétons trois ou quatre fois. Les dialogues qu’ils nous écrivent sont lapidaires mais d’une grande profondeur. Nous retranscrivons ici deux des tirades les plus poignantes :

« -Sunday, Kyoto, why ?
-We are travelling in the world and we arrive in Kyoto sunday. »

« -What is it ?
-My violon.
-Violin ?
-Because I am violonist. »

Petit détail étonnant, bien que ce soit la quatrième fois que nous répétons la scène, les deux présentateurs émettent toujours autant de « oh ! » et de « ah ! » emprunts d’une surprise candide. Cet ébahissement perpétuel, quel grand jeu d’acteur…

Toujours à la répétition, on demande à Camille de jouer un morceau… de 15 secondes. Ah, un morceau de 15 secondes c’est peu commun. Elle s’exécute en ne jouant qu’une phrase, c’est encore trop long. Camille double donc le tempo pour ne laisser que 8 secondes de musique. Le format correspond mais ils insistent pour que le « morceau » se finisse par un grand geste de l’archet poursuivit par un mouvement ample de la tête digne de certaines publicités pour shampoing. Bien sûr, ce genre d’attitude n’est pas très coutumier à Camille mais elle se plie à l’exercice tout en tâchant de ne pas éclater de rire. On lui demande encore d’amplifier le geste en expliquant que c’est là la clef du succès, le reste importe peu. Ah…

Nous répétons une dernière fois avec tous les intervenants sur la place et c’est parti pour les trois minutes de direct. À la fin nous insistons pour récupérer la vidéo en espérant que cela puisse faire rire quelques personnes. On a raccourci un peu la vidéo pour n’en laisser que le meilleur!

Le soir, comme prévu, nous allons dormir chez Tamaki qui nous avait invités alors que nous jouions dans la rue. Nous passons une bonne soirée où nous buvons du rouge et prenons une bonne douche, deux choses auxquelles nous n’avions pas goûtées depuis longtemps.

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Les dix jours qui suivent sont bien difficiles pour pleins de raisons différentes. Notamment pour la météo qui ne nous épargne pas. Nous pédalons sous la pluie et la neige, le corps gelé et les vêtements constamment humides.

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Nous arrivons enfin au ferry dans lequel nous sommes contents d’embarquer, fatigués et tristes de ces derniers jours. Dans le bateau, cette fois-ci, nous nous retrouvons dans une chambre pour deux à la place d’un dortoir pour huit. Pendant toute la traversée qui nous ramène en Corée nous profitons avec plaisir du sauna et des bains chauds.

La croûte du crumble et la buche de Noël ou Embûches de Noël au Japon

Étant indécis, chacun défendant son bout de titre, nous avons choisi de les accoler tous deux. Cela les rend d’avantage incompréhensibles, désolés…

Voilà, nous sommes dans un ferry à destination du Japon, le pays le plus à l’est de notre voyage. Nous avons acheté des billets en classe économique mais notre trajet est royal, nous sommes les seuls occupants de notre dortoir six personnes.

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Un jour plus tard nous commençons à changer nos habitudes et apprenons à rouler à gauche. On nous avait vanté l’omniprésence des pistes cyclables au Japon. En réalité les vélos empruntent ici les trottoirs et certes des trottoirs il y en a partout. Mais sur ces trottoirs des vélos il y en a beaucoup et des piétons également. En outre, à chaque grande intersection il faut emprunter un tunnel ou une passerelle pour se rendre de l’autre côté de la route. Et ce n’est pas chose aisée car il nous faut passer au milieu des marches sur une rampe de 30 cm de large. Dans les descentes il nous faut retenir nos vélos et tout notre chargement tandis que dans les montées il nous faut les pousser. La remorque qui est trop large pour cette rampe, sursaute sur chaque marche et décide parfois de se retourner en signe de contestation. Bien sûr nos vélos ne passent pas non plus entre les poteaux qui servent à bloquer l’accès aux scooters. Là encore, il nous faut nous arrêter et tout porter.

Le reste du temps n’est qu’un grand slalom entre les piétons et les vélos. Mais ça, la remorque n’apprécie pas du tout. Alors, après avoir heurté des poteaux en plastique ou en béton, elle décide de s’attaquer aux autres cyclistes avant de se faire hara-kiri sur un mur en parpaing. L’axe cassé ne s’accroche plus à l’essieu et la roue oscille librement, s’éloignant et se rapprochant de la remorque. Camille doit désormais rouler derrière pour s’assurer que la roue ne se fasse pas la malle. Nous comprenons qu’il est pour nous temps de quitter ces fameuses pistes cyclables. Nous préférons partager la route avec les voitures et les camions.

Nous traversons des villes qui ne semblent jamais finir et chaque soir nous campons entre des maisons et des immeubles.

Nos visites dans les supermarchés sont aussi un moment de désespoir. Les prix du rayon fruits et légumes nous font bondir. On en a relevé quelques exemples croustillants. Une pomme peut coûter 5€ l’unité et le prix d’un melon peut atteindre 35€ (on nous a assuré à deux reprises qu’il est possible d’en trouver à 150€ et que le prix de certaines grosses fraises peut s’élever à 12€ l’unité). En voyant que même les pommes de terre s’achètent par sachet de 100g à plus d’un euro, nous nous promettons de ne plus acheter de fruits et légumes dans ce pays. Désormais du crumble, nous ne mangerons que la croûte!

La route, elle, est parsemée d’embûches. Lorsque nous quittons enfin les villes et leurs dangereuses pistes cyclables, nous nous retrouvons sur des routes non moins périlleuses. Après Kobe celle-ci est étroite mais le trafic est dense. Nous roulons à touche touche avec des camions pendant une heure puis décidons de quitter cet axe. Mais à peine avons-nous pédalé cinq kilomètres que nous tombons sur un panneau d’interdiction pour les vélos. Nous faisons demi-tour et tâchons de ne pas perdre le moral.

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Le lendemain nous décidons de régler le problème de la remorque. Il nous faut commander un nouvel axe en France que nous ferons poster à la ferme dans laquelle nous travaillerons. Nous nous arrêtons dans une supérette proposant un accès internet gratuit. Nous commandons deux cafés et demandons si nous pouvons brancher notre ordinateur. Une dame nous répond d’un mot que nous prenons pour un « oui ». Seulement, un quart d’heure plus tard un homme arrive et nous demande de remballer le tout. Nous ne comprenons pas. D’habitude les gens ont tendance à nous aider. Nous lui expliquons notre problème, persuadés qu’il a mal saisi la situation. Il semble finalement gêné, mais nous dit que son patron n’est pas content et qu’il souhaite que nous ayons quitté les lieux d’ici vingt minutes.

Son patron c’est cette personne pas marrante qui fait semblant de ne pas nous voir mais qui passe et repasse devant nous. Nous n’apprécions pas franchement qu’il ne vienne pas s’expliquer lui-même et sentons la colère monter. Pour lui faire les pieds nous décidons de prendre alors bien notre temps. Mais cela ne nous consolera guère.

Nous arrivons sur les rotules à la ferme, remettant en cause notre choix de passer l’hiver ici. C’est la première fois que nous prenons si peu de plaisir à pédaler. Notre matériel, lui aussi, est épuisé : les fermetures de la tente se bloquent, nos vélos tout boueux montrent de plus en plus de signes de faiblesse et un de nos matelas est percé. Nous comprenons qu’il est réellement temps de nous arrêter lorsque la roue endommagée de la remorque réussit à se faire la malle en plein milieu de la route.

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Nous arrivons ainsi dans une petite ferme située dans la montagne à l’écart de la ville de Motoyama. Nous sommes accueillis chaleureusement par Nanami et Nodoka. Ils nous emmènent dans la cabane dans laquelle nous habiterons pendant un mois. Elle est située à dix minutes à pied de leur maison. Pour nous y rendre nous longeons un petit ruisseau qui traverse une forêt de cèdres. La maison surplombe la vallée. De ce lieu, outre les montagnes boisées et les terrasses de riz, nous n’apercevons qu’une habitation à l’horizon. La vue de cet endroit et le sourire de nos hôtes nous procurent une joie qu’il est difficile à décrire.

Ils remontent d’un coup notre moral qui avait été plus qu’ébréché. Ça ne parait peut être rien, mais pour nous c’est sensationnel : nous n’avons pas besoin de monter notre tente mais nous sommes au chaud. Nous cuisinons sur une petite cuisinière deux feux sans nous soucier ni de ramasser du bois, ni de l’essence que nous consommons. Après le repas, la nuit est tombée mais à la lumière électrique nous poursuivons notre soirée. Nous pouvons maintenant faire de la musique, lire ou regarder un film. Le lendemain nous n’aurons pas non plus besoin de tout démonter et ranger.

Seulement nous avons beau fouiller tous nos sacs nous ne retrouvons ni le chargeur de l’ordinateur ni l’adaptateur de prises. La dernière fois que nous nous rappelons les avoir vus, l’ordinateur était branché dans des toilettes publiques. Nous ne comprenons pas vraiment comment, mais il semble que Nicolas ait rangé l’ordinateur en oubliant chargeur et adaptateur. Cela sera dorénavant plus difficile de regarder des films.

Nanami et Nodoka sont venus de Tokyo pour s’installer à la campagne. Ils ont quitté l’agitation de la capitale pour retrouver une vie qui leur convient mieux. Nanami travaille de chez eux par internet et Nodoka s’occupe de tous les travaux d’extérieur. Ils ont ainsi du temps à passer ensemble avec leurs deux enfants.

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Ils ne sont qu’au commencement de leur aventure, ils cultivent du riz et quelques légumes, ont deux chèvres et un poulailler. Renzo, un autre volontaire travaille aussi avec nous. Il est américain et passe six mois au Japon dans différentes fermes.

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Nous aidons Nodoka dans ses différents travaux : on peint des bibliothèques, on plante une bonne cinquantaine d’arbres, on récolte des patates douces, on nourrit les chèvres et on défriche les terrasses de riz envahies par les herbes hautes.

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A midi nous mangeons tous ensemble. Nous découvrons avec joie la cuisine japonaise, et redécouvrons les pâtisseries françaises. Nanami adore les desserts et nous régale tantôt avec une tarte tatin, tantôt avec un gâteau au chocolat ou une tarte au citron. En mangeant chez eux des fruits, des légumes, de la viande et du poisson nous reprenons enfin une alimentation plus équilibrée.

Nous partageons également la vie du village. Nous assistons à une cérémonie shintoïste qui se termine en bon gueuleton avec saké et sushis à volonté. Nous repartons les bras chargés des restes du repas ainsi qu’une partie des offrandes faites aux dieux. En effet, plutôt que de laisser ces offrandes moisir sur l’autel, les gens ont pris l’habitude de les partager.

Nous participons à deux ateliers : un pour fabriquer des décorations traditionnelles pour le nouvel an et un autre bien plus intéressant pour cuisiner des mochis!

On fait cuire du riz à la vapeur puis on le pilonne avec un gros marteau jusqu’à obtenir une pâte.

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On y ajoute parfois des herbes ou on le confit de pâte de haricot. C’est un dessert consistant qui nous plaît bien. Nous repartons encore une fois les bras chargés en nous promettant d’essayer une variante adaptée au goût français : un mochi à la crème de marron ou au chocolat entouré d’un pralin.

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Bref, nous sommes choyés pendant un mois. Le soir en rentrant dans notre cabane nous trouvons parfois sur le chemin de petits gâteaux agrémentés d’un gentil message. Au moindre soucis ils trouvent au plus vite une solution : ils commandent sur internet un nouvel adaptateur, donnent une paire de tennis à Nicolas pour remplacer les anciennes qui sont béantes et remplissent d’essence notre réchaud. Ils téléphonent même aux fameuses toilettes publiques dans lesquelles nous avons oublié notre chargeur : il y est toujours, nous n’aurons plus qu’à le chercher sur le chemin du retour.

Avec eux tout parait simple. Un midi nous nous renseignons à propos de la musique traditionnelle. Nodoka nous explique qu’il y a un groupe de percussions dans la ville. Le lendemain midi nous lui demandons s’il est possible d’écouter une de leur répétition mais il a déjà pris les devants, appelé la responsable et prévu de nous y emmener le lundi suivant.

Pendant ce mois nous sommes aussi épaulés par nos parents qui nous envoient un colis avec un nouvel axe pour la remorque et d’autres fournitures nécessaires pour la suite.

Nous passons Noël avec Nanami, Nodoka et des amis à eux. Pour cette fête chrétienne, ils préparent un repas à l’occidental avec en dessert une bûche de Noël.

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Vient l’heure de notre départ. Le jour prévu il pleut à verse et nous repoussons au lendemain. Comme à chaque fois en quittant un lieu nous vérifions que nous n’avons rien laissé. Cette fois-ci en regardant dans la cabane il nous semble que nous laissons beaucoup de choses : l’odeur des repas que nous avons cuisinés, des notes de musique, et les trois mousquetaires qui nous avaient suivis depuis la Chine. Surtout nous laissons notre mauvaise humeur que nous avions déposée au pas de la porte en arrivant. Nous prendrons bien soin de ne pas la récupérer en partant.

Mais nous n’avons que dix jours pour nous rendre dans une autre ferme, près du mont Fuji. Nous remercions donc une fois de plus Nanami et Nodoka, puis d’un coup de pédale partons.

La bouteille de vieux Borgogne

Lorsque nous sommes partis en voyage, nous rêvions de pédaler au sein d’une nature vierge, dans les steppes et les montagnes d’Asie Centrale. En revanche, jamais nous ne nous étions vraiment imaginés circuler dans de grandes mégalopoles. Et pourtant cela fait parti de notre voyage et contre toutes attentes on finit même par s’y habituer un peu.

Ainsi, en débarquant à 13h au port d’Incheon, nous ne nous inquiétons pas vraiment de devoir traverser la capitale coréenne et sa banlieue pour arriver 60km plus loin chez Seo. On se surprend même à trouver la ville de Séoul drôlement calme. Il faut dire qu’il y a une semaine nous pédalions à Chengdu, c’était une autre histoire…

Bien sûr, quand la chaîne de Nicolas se casse et que nous retrouvons son dérailleur arrière coincé entre les rayons, nous commençons à nous demander si nous arriverons bien le soir-même. Mais après quelques coups de pince, nous repartons. À un kilomètre de chez notre hôte, l’attache du dérailleur se casse, cette fois pour de bon et nous finissons en poussant les vélos.

Nous ne sommes pas mécontents d’arriver chez Seo, il fait nuit et nous nous sentons bien fatigués. Durant deux jours elle nous fait découvrir Séoul et quelques spécialités coréennes. Notamment le makoli, un alcool doux à base de riz. Cette boisson nous plaît bien et c’est le premier mot de coréen que nous retenons.

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Il nous faut tout de même réparer le vélo avant de partir. Nous nous rendons donc chez une vélociste. Les prix des dérailleurs qu’il nous propose nous semblant trop élevés, nous lui demandons juste de changer la pièce cassée et de redresser le tout. Le résultat n’est pas si concluant : si Nicolas passe la première vitesse, son dérailleur finira aussitôt dans les rayons. Tant pis, il finira le voyage sans ! Le vendeur est un peu gêné de nous laisser partir comme ça et gentiment il nous offre deux bandanas, un rose sans doute pour Nicolas et un bleu certainement pour Camille.

Une fois ce problème matériel réglé, nous remercions Seo pour son accueil et nous élançons sur la longue piste cyclable qui nous mènera jusqu’au sud du pays.

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Nous comprenons que ce trajet sera bien différent de ceux dont nous avions l’habitude. Nous nous souvenons de la Géorgie, où un jour une voiture s’était arrêtée en klaxonnant. Trois hommes en étaient sortis, nous avaient pris dans leurs bras pour nous saluer (un avait même soulevé Nicolas de terre pour nous communiquer sa joie). Ils nous avaient invités à manger mais surtout à boire tchatcha, vin et cognac. Ici, alors que nous sommes en train de cuisiner le soir, un homme s’approche timidement, s’incline en souriant et nous tend des barres de céréales en s’inclinant à nouveau. Jusqu’à présent nous étions plus habitués aux bonjours un peu expansifs, aux tapes dans le dos, aux poignes de main solides et aux voix fortes. Désormais les salutations et les remerciements se font en s’inclinant et d’une voix douce.

Les routes ont aussi bien changé. Il ne s’agit plus de la piste caillouteuse kirghize ni des grands axes routiers mais d’une piste cyclable toute neuve. Elle suit différentes rivières qui serpentent entre les collines. On y croise grues, hérons et cyclistes en survêtement, les uns cachés dans les roseaux, les autres juchés sur leurs vélos. Le chemin est orné tour à tour d’abris en bois, de toilettes publiques et d’agrès sportifs.

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La piste est si calme et si spacieuse que nous pouvons même pédaler côte à côte en écoutant les aventures des trois mousquetaires. En effet, nous avions téléchargé en livre audio les trois tomes des histoires des quatre compères. Depuis la Chine ils accompagnaient nos pauses et nos repas.

On pourrait croire à cette description que nos journées sont reposantes et s’écoulent facilement. Mais il n’en est rien. Il est bien douloureux d’écouter comment Athos s’enferme dans une cave, ingurgite le contenu des tonneaux et des bouteilles et dévore jambons et saucissons. On salive à la description des salmis et des gibelottes revenant à petit feu dans la cheminée de Porthos (même si nous ne connaissons pas vraiment ces plats…). À chaque chapitre, quand ils ne se battent pas, ce sont des pâtés en croûtes, des bouteilles de vin d’Anjou ou de vieux Bourgogne. Alors nous nous prenons à rêver de plats oubliés depuis plus d’un an et nous n’avons qu’un seul souhait, écouter Dumas en dégustant une bonne bouteille de vin.

Le premier jour où nous faisons les courses, notre appétit étant bien aiguisé nous entrons dans un super-marché muni d’une liste bien longue. Tout nous paraît bien cher et la seule chose que nous consentons à acheter est une bouteille de makoli. Le lendemain, la même chose se reproduit. Mais bien que le makoli semble être une boisson bien nourrissante, nous comprenons que nous ne pourrons pas nous en contenter. Nous achetons donc du riz, des pâtes, du tofu, des oignons et des œufs même si le prix de tout cela nous semble exorbitant.

Nous nous consolons avec du makoli et en améliorant jour après jour notre recette de crumble au kaki cuit à la poêle (à 1€ la pomme nous avons préféré les kakis déstockés ou ramassés sur le bord de la route, et bien sûr la margarine bien moins chère remplace le beurre). On n’est finalement pas trop mal !

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Mais la blessure se rouvre lorsque nous nous connectons sur internet. Nous y lisons les aventures de Max et Manue qui, bien que moins belliqueuses, n’en sont pas moins aussi gastronomiques que celles des mousquetaires. Ils nous ont fait saliver pendant tout leur voyage et les voilà de retour sur les routes de France. Désormais tout y passe : les bières belges, les carbonnades flamandes, la sauce au maroilles, les raclettes, les moules au maroilles et puis quoi encore, un phoque au maroilles?

Nous en étions là dans nos considérations gastronomiques, lorsqu’un matin alors que nous rangeons la tente, un promeneur nous invite à boire le café. Il habite à 300 mètres et nous dit de ne pas nous en faire, de laisser nos vélos et nos sacoches près des agrès de la piste cyclable. Personne ne viendra y toucher.

C’est un heureux retraité très sportif qui habite une maison avec une très belle vue sur la rivière. En nous asseyant autour de sa table, notre regard est tout de suite aimanté par une bouteille de bourgogne de 1994, à moitié vide. Il nous sert deux cafés au lait, mais nos yeux ne peuvent se détourner de la bouteille. Il nous explique alors qu’après le sport sa deuxième passion c’est de faire un vin de baies et de le boire. Il va cueillir les fruits dans les collines avoisinantes puis prépare son vin qu’il met ensuite dans de vieilles bouteilles. Qu’à cela ne tienne, nous ne boirons pas de bourgogne mais un vin de baies qui nous plaît bien. Puis lorsque que nous partons il nous en offre gentiment une bouteille.

Dans ces conditions le voyage devient très agréable. Nous avons trouvé de quoi accompagner la lecture des trois mousquetaires. Nous continuons tranquillement notre route, profitons du paysage et de certains bivouacs originaux.

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Tout va pour le mieux, entre de petites collines boisées nous traversons la charmante campagne coréenne. Parfois, le hasard nous amène devant un temple ou un musée que nous visitons avec plaisir.

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Mais bien sûr Nicolas qui aime beaucoup se plaindre trouve encore à redire : la piste est trop aseptisée et bien peu amusante. Alors pour remédier à cela il coince son dérailleur dans les rayons, le casse et brise la chaîne. La roue arrière se retrouve ainsi toute voilée. Cela arrive au meilleur moment : nous pédalions de nuit pour rattraper notre retard afin de nous rendre chez un hôte le lendemain. Voilà, nous avons enfin l’occasion de bien nous amuser en réparant le vélo à la lampe frontale… Nous ne pouvons plus rien faire du dérailleur alors nous raccourcissons la chaîne de quelques maillons afin qu’elle soit en tension entre la cassette et les plateaux. Cette fois-ci il n’est plus question de changer ni vitesses ni plateaux.

Le lendemain, nous parcourons donc les soixante kilomètres qui nous séparent de Gumi en poussant fréquemment le vélo. Mais il ne faut pas tout mettre sur le dos des problèmes mécaniques : les côtes sont parfois si raides en Corée qu’il nous était déjà arrivé de pousser, même avec des vélos en parfaite santé.

Nous retrouvons Jaeyong et sa femme dans l’épicerie où ils travaillent. Lui nous emmène dans leur appartement situé juste à côté et nous nous attablons autour d’un délicieux repas. Il nous explique que sa femme ne peut venir manger avec nous car l’un d’entre eux doit toujours garder le magasin. Ils ne sont que deux pour le faire tourner 24h sur 24. Nous sursautons sur nos chaises à ces dires. Nous lui demandons comment cela est possible et supposons qu’ils doivent être complètement éreintés quand le week-end arrive. Nous refaisons un bond sur nos sièges lorsqu’il nous répond en souriant qu’ils travaillent aussi le week-end. Nous osons à peine lui demander ce qu’il en est des vacances. Il n’en est rien, ils travaillent 365 jours par an, 24h sur 24, et cela depuis deux ans. En effet, ils ont pour projet de faire un tour du monde à vélo pendant cinq ans et souhaitent économiser pour cela. En attendant, ils paraissent tout de même pleins d’énergie et Jaeyong en trouve encore pour apprendre l’anglais. Il profite de ses longues nuits passées dans le magasin pour réviser sur internet. Nous nous sentons complètement dépassés par leur énergie.

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Malgré cela jamais ils ne se plaignent et durant les deux jours que nous passons avec eux, ils ont toujours un grand sourire, nous cuisinent des plats succulents en refusant catégoriquement que nous les aidions. Après beaucoup d’insistance, nous arrivons néanmoins à prendre la cuisine d’assaut pour préparer un de nos fameux crumbles, pour l’occasion avec des pommes et cuit au micro-onde ! Mais ce gâteau et le sachet de thé que nous leur avons rapporté du plateau tibétain sont bien peu face à tous les repas qu’ils nous préparent.

À Gumi, nous nous rendons chez deux vélocistes. Le premier n’a que des dérailleurs dix vitesses. Le second n’a pas non plus de dérailleur huit vitesses, mais en a un de sept. Cela fera l’affaire.

Nous disons au-revoir à nos deux hôtes, tout en les remerciant infiniment. En les quittant nous nous sentons bien petits et Nicolas promet de ne plus se plaindre, au moins pendant quelques temps.

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Nous repartons sur notre piste et pédalons agréablement pendant quelques jours. Les vélos nous laissent enfin tranquilles et nous arrivons finalement à Busan, au sud du pays.

Ici nous sommes accueillis par Christopher, un belge anglais installé en Corée depuis quelques années. Nous sommes au bout de notre trajet en Corée et comme pour célébrer cela, Chris nous sert un verre de rouge. Voilà de quoi nous ravir, on l’avait tellement attendu ! Il ira même jusqu’à nous combler : lorsque nous repartons il nous offre de quoi accompagner la lecture des trois mousquetaires. Certes ce n’est pas une bouteille de vieux bourgogne, mais ce cubi australien de cabernet sauvignon a l’avantage du volume!

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À travers l’herbe rase et les « arbres pittoresques »

Munis d’un nouveau mois de visa, nous quittons la ville de Xining en direction de Chengdu. Là-bas, nous avons pour projet de renouveler une seconde fois notre visa. Cependant, la distance étant trop importante pour être parcourue à vélo à notre rythme tranquille, nous décidons de la raccourcir en prenant le bus. Un premier véhicule nous emmène jusqu’à la ville de Hezuo. Arrivés à la gare nous achetons nos billets pour le jour suivant puis trouvons un lieu de bivouac.

Alors que nous venons de rentrer dans la tente pour dormir, un groupe d’adolescents d’une quinzaine d’années empruntent le chemin où nous avons élu domicile. Ils s’arrêtent à nos abords et commencent à ricaner. Le plus excité de tous, un jeune moine drapé de rouge, rit à gorge déployée. Pour faire le malin, il répète « hello » pendant cinq bonnes minutes. Il paraîtrait que l’habit ne fait pas le moine… N’ayant pas une patience infinie, nous sortons un peu énervés et leur disons « goodbye ».

Le lendemain matin, à 5h, le réveil est dur. Le jour n’est pas levé mais la neige tombe. Nous rangeons la tente gelée en vrac et pédalons le plus vite possible jusqu’à la gare. Nous ne sommes pas mécontents de nous mettre à l’abri dans un bus. Durant le trajet qui nous mène jusqu’à Langmusi nous regardons le mauvais temps par la fenêtre, à la fois heureux d’être bien au chaud, mais aussi un peu inquiets pour la suite. En effet nous avons prévu de passer une quinzaine de jours entre 3000 et 4000 mètres d’altitude, à l’est du plateau tibétain. Nous ne sommes pas certains qu’à ces hauteurs au mois d’octobre, la météo soit toujours clémente.

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Heureusement, quand nous arrivons à Langmusi, la neige a déjà cessée et fond vite. Le soleil commence à poindre. Nous visitons le monastère de Sertri Gompa qui comble toutes nos attentes en clichés de culture tibétaine. Dans un cirque de montagnes, les temples sont recouverts de toitures dorées et arborent des têtes de dragons ou d’autres démons asiatiques. On entend les cloches aigües des moulins à prières et les moines qui habitent le lieu, avec leur longue robe rouge et leur chevelure rase paraissent des sages. Mais deux univers se croisent ici, celui de la religion et celui du tourisme. Certains prient, d’autres photographient.

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Même si, ici aussi les gens affluent, l’atmosphère est plus calme qu’au fort de Jiayuguan et nous prenons plaisir à nous promener d’un bâtiment à l’autre. Quelques heures et près d’une centaine de photos plus tard nous repartons.

Nous sommes chanceux, la météo est plutôt bonne les jours suivants. Nous pédalons la journée par beau temps et la pluie attend chaque soir que nous posions la tente pour tomber. Certes il fait tout de même assez froid en ce début de mois d’octobre mais cela reste supportable. Nous passons des jours agréables à pédaler et admirer les troupeaux de yacks ruminant l’herbe jaunie des hauts plateaux. Au loin, nous voyons se dessiner les pics dominant ce tableau.

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Nous avons déjà évoqué la gastronomie chinoise dans le dernier article et il faut bien avouer que c’est dans ce pays que nous avons le mieux mangé. Même si certains mets pouvaient être un peu trop pimentés pour nos palais, ou si parfois le poivre du Sichuan pouvait envahir un peu trop notre bouche, aucun plat ne nous avait encore déçu. Un midi un restaurant réussit cependant à nous démentir. Nous y entrons bien affamés, comme à notre habitude, mais déjà le menu nous coupe un peu l’appétit. Les prix nous semblent trop élevés et nous choisissons les deux seuls plats de la carte que restent dans notre budget. Tout y est écrit en chinois et nous ne savons pas à quoi ressemblera notre assiette. Mais à voir l’étonnement du serveur, nous rajoutons un plat de riz blanc (au moins nous aurons quelque chose de solide à nous mettre sous la dent). Nous ne regrettons pas ce dernier choix, car outre un sceau de riz nous ne voyons arriver que deux saladiers de bouillons les plus fades qu’il soit. À peine trois feuilles de verdure y flottent.

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Nous faisons la tête. D’autant plus que le couple assis derrière nous sort de table en laissant intouché plus de la moitié de leurs plats qui semblent pourtant alléchants. Mais comme personne ne vient desservir leurs assiettes, nous aidons de notre mieux en en transvasant une partie dans nos bols. Le repas fut excellent et ainsi nous pouvons dire que nous n’avons jamais été déçus dans un restaurant chinois !

Quelques jours plus tard, nous nous apprêtons à quitter le plateau tibétain. Nous n’avons plus qu’un dernier col à franchir. Nous montons tout un après-midi et le soir plantons la tente sans vraiment savoir où nous nous situons. Nous ne connaissons pas notre altitude et ignorons combien de kilomètres il nous reste à gravir. Le lendemain matin, nous nous réveillons dans un paysage blanchit par la neige tombée durant la nuit.

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Les nuages qui commencent à s’alourdir n’annoncent rien de bon et nous espérons être bientôt au bout de notre ascension. Finalement nous nous trouvons rapidement au col, ravis. Ici, des présentoirs proposent de la viande de yack fraîche ou séchée, d’autres arborent des peaux de bêtes. Mais nous ne faisons pas de vieux os et nous nous élançons en pensant que nous ne recroiserons pas de si tôt des montagnes aussi hautes.

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Il ne nous reste plus qu’une longue descente de plusieurs centaines de kilomètres jusqu’à Chendgu. En route nous nous arrêtons à Songpan. Nous avons prévu cette halte depuis longtemps car, si la ville a peu d’attraits, elle est située près d’un magnifique parc national. Encore une fois, nous sommes atterrés en prenant connaissance du prix du parc. Nous en aurions pour une centaine d’euros à deux (trajet et entrée). Le choc encaissé nous étudions les alternatives pour payer moins et de ce fait devenons étudiants. D’autres voyageurs nous avaient soufflé ce conseil. Un cyclo-randonneur français avait même obtenu ces réductions en montrant son permis de conduire. Rassurés par cette idée nous partons tôt le matin en amenant violon et derbouka.

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Il y a foule et la plupart des touristes que nous croisons semblent prêts à gravir l’Everest. Ils sont vêtus de la tête au pieds en attirail de randonneur, guêtres comprises. Certains avant de partir à l’assaut du parc, sortent leur bouteille d’oxygène pour en prendre de grandes bouffées.

Pourtant ce n’est pas la folle aventure : une passerelle de bois avec ses rambardes de part et d’autre nous dirige à travers le parc. De la nature, d’accord, mais bien encadrée et parsemée de bancs, de toilettes, de stands nourriture ou encore de bars à oxygène.

Maintenant que nous avons critiqué nous pouvons tout de même admettre que le parc était magnifique. Nous nous promenons avec plaisir et rigolons bien de la traduction française des panneaux de signalisation.

Traduction parfois amusante :

« Attention à glisser, à tomber »

« Interdire d’entrer, de fumer »

D’autres fois plus poétique :

« Attention à ne pas briser l’escalade et les arbres pittoresques »

Après cette balade nous nous installons devant l’entrée pour jouer de la musique et rembourser un peu la journée.

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De Songpan nous reprenons notre descente le long d’une rivière qui dévale jusqu’à Chengdu. La nature semble changer progressivement, l’herbe rase des plateaux se mue en de grandes forêts aux allures tropicales. L’air se réchauffe et s’humidifie. Ce n’est plus de la viande de yack qui recouvre les présentoirs des vendeurs ambulants mais bien des légumes et des fruits. De l’hiver il nous semble avoir rebroussé chemin vers l’été.

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Arrivés à Chengdu nous nous dirigeons vers le bureau de l’immigration et demandons naïvement à étendre notre visa. Ils ouvrent nos passeports, les referment et nous répondent navrés qu’il est impossible de renouveler deux fois un même visa. Nous leurs redemandons une seconde fois, incrédules et restons quelques instants un peu étourdis. Le troisième mois que nous projetions de passer en Chine s’envole subitement. Au lieu de pédaler entre les terrasses de riz du Hunan et les gigantesques pitons rocheux du parc de Zhangjiajie nous avons une semaine pour quitter la Chine. Désormais habitués aux changements de programme de dernière minute et aux soucis administratifs nous ressortons notre plan de secours. Nous passerons un mois en Corée en attendant d’aller travailler dans des fermes au Japon.

Nous nous reposons tout de même quelques jours à Chengdu. Nous nous baladons dans cette grande ville agitée qui fourmille de véhicules en tout genre (deux roues, trois roues ou quatre), de petits commerçants aux devantures colorées ou de grands super-marchés et profitons de nos derniers jours en Chine.

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Et puis nous voilà, assis dans un train, quarante heures durant, pour atteindre la côte est du pays. Nous mangeons quelques fruits de mer en guise de retrouvailles avec l’océan et embarquons sur un ferry à destination de la Corée du Sud.