La Géorgie : Le khatchapouri ça coupe la faim, le tchatcha ça coupe les jambes!

Au début du mois de mars le moment est arrivé pour nous de quitter les routes de Turquie. Nous y avons passé deux mois, un premier froid et neigeux puis un second plus ensoleillé et agréable. Dans ce pays nous commencions à prendre nos marques, le matin c’était tartines de tahin (crème de sésame) avec du miel, trempées dans un café turque. A midi si l’on devait manger un kebab pour avoir internet, nous ne manquions pas de commander un ayran comme boisson (sorte de yaourt liquide et salé). Nous avions retenu quelques noms de plats, de musiciens, d’instruments traditionnels, quelques mots courants. Ce n’était pas grand-chose, mais ça nous plaisait. Et voilà qu’à nouveau il va falloir tout réapprendre.

Une fois la frontière géorgienne franchie il nous suffit de quelques coups de pédales pour atteindre la ville de Batumi. Le premier lieu que nous visitons est l’ambassade d’Azerbaïdjan. Nous arrivons la bouche en cœur devant le consul munis de nos seuls passeports et photos d’identité. Celui-ci nous explique qu’il nous faudra revenir avec une réservation d’hôtel ou une lettre d’invitation ainsi que le formulaire dûment rempli. A notre sortie de l’ambassade notre expression a bien changée, mais nous retrouvons nos deux amis cyclistes espagnols qui nous aident à décrypter formulaire et démarches. Nous découvrons alors que la définition administrative d’un mot est parfois loin du sens commun qu’on lui donne. Ainsi une lettre d’invitation ne peut être délivrée par un habitant du pays, mais doit être payée auprès d’une agence de voyage. Quant à l’hôtel il nous suffit de réserver une seule nuit sur internet, le temps d’effectuer les démarches puis de l’annuler ensuite… Tout cela est bien curieux, et nous comprenons qu’il y aura un certain nombre de trucs et astuces à apprendre.

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Nous nous baladons avec Marta et Andony, et commençons à découvrir la gastronomie géorgienne. Comme il se doit, nous goûtons nos premiers khinkali (sorte de gros ravioli), et le khatchapouri de l’Adjara (la région de Batumi). Comme la photo le montre, il s’agit d’un pain fourré de fromage et d’un œuf, sur lequel on fait fondre un bon morceau de beurre. Depuis le début de notre voyage aucun plat n’avait réussi à caler si bien nos estomacs de cyclistes voraces !

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On nous avait annoncé que nos visas seraient prêts en deux jours, il nous faudra finalement attendre une bonne dizaine de jours en faisant le siège de l’ambassade. Nous essayons d’occuper au mieux le repos qui nous est imposé. Nous nous penchons d’avantage sur les histoires de visas à venir et allons de surprises en surprises. Il n’est pas toujours aisé d’obtenir certains visas en Asie Centrale ; on ne peut souvent obtenir qu’un mois de visa, plutôt que trois comme nous l’espérions ; certains postes frontières sont fermés ; certaines régions nécessitent un permis spécial ; dans certains pays il faudra s’enregistrer, parfois cela peut être uniquement fait par des hôtels… Ces contraintes nous obligent à redessiner notre itinéraire et à redéfinir notre calendrier. Nous nous  sentons un peu bête de ne pas avoir bien réalisé tout cela avant de partir. C’est une nouvelle donne qui change un peu la teinte du voyage que nous avions imaginé. Nous n’en sommes plus complètement maîtres, il n’est pas question de nous laisser aller au gré de nos envies ou de vagabonder, il nous faut maintenant composer avec un calendrier précis :

En avril nous traverserons l’Azerbaïdjan, en mai le sud ouest du Kazakhstan, en juin l’Ouzbékistan, puis nous nous baladerons en juillet et en août au Kirghizistan. Nous passerons ensuite à nouveau quinze jours au Kazakhstan, le temps de rejoindre la Chine que nous traverserons pendant deux mois à vélo et en train. En effet, guidés par ces contraintes nous avons aussi changé de projet pour l’hiver prochain. Nous allons essayer de rallier le Japon et la Corée du Sud (pays dans lesquels nous pouvons rester trois mois sans visa).

Lassés par ces histoires, lorsque nous obtenons nos visas azéris, nous retrouvons enfin le plaisir d’enfourcher nos vélos et de nous enfoncer dans la campagne géorgienne. Mais traverser la Géorgie s’avère plus difficile qu’il n’y paraît. Après quelques jours de beau temps le printemps semble s’être égaré : reviennent la pluie, le vent, l’orage et même un peu de neige.

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Les géorgiens dont l’hospitalité est débordante ne cessent de nous arrêter, pour discuter, prendre une photo ou pour nous inviter à manger ou dormir. Il semble que les géorgiens partagent une idée très personnelle des bienfaits de l’alcool : leur tchatcha, une eau-de-vie de raisin, est un remède à la fois contre les maux de tête, les maux de ventre, les courbatures et surtout, ils nous assurent que c’est un très bon carburant pour le vélo. Cela ne nous a pas paru évident…

Bien que le trajet de Batumi à Tbilissi n’ait duré qu’une semaine, nous nous sommes fait inviter à quatre reprises. Alors que nous avions prévu de bivouaquer, des géorgiens croisés sur la route nous ont interpellés et invités à manger, boire et dormir chez eux. À chaque fois, c’était l’occasion pour nos hôtes de nous faire découvrir le plus de spécialités culinaires possible, d’inviter la famille et les amis pour la fête que notre venue représentait, de nous montrer les albums photos, les deux heures de films des spectacles de danse traditionnelle du fiston de 7 ans… C’était surtout l’occasion pour tous de boire sans soif !

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Nous nous sentons reconnaissants mais aussi quelques fois un peu « baladés ». Nous sommes pour une soirée « leurs » étrangers, une fierté que l’on montre à ses amis. Et souvent, à la fin de la soirée Nicolas devient David, d’Angleterre ou d’Allemagne… Après tout, ces détails n’ont pas trop d’importance, nous sommes des étrangers d’Europe.

Nous ne repartons jamais les mains vides : citrons, fromages, vins rouges ou blancs, mais aussi un certain nombre de poteries et même un livre de grammaire anglaise en géorgien ! Bien sûr cela ne semble pas transportable sur un vélo, mais il est impossible de refuser!

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Arrivés à Tbilissi nous retrouvons Marta et Andony. Nous passons une soirée avec eux, puis nous nous séparons. Ils s’en vont en Arménie et en Iran mais nous nous donnons rendez-vous en Ouzbékistan. Peut-être pourrons-nous même nous revoir au Kirghizistan ainsi qu’en Corée du Sud.

À Tbilissi nous sommes accueillis chez Zoé, une française venue ici pour un service volontaire il y a dix ans et qui finalement n’en est pas repartie. Elle est musicienne, se consacre aux chants géorgiens et possède un bar à Tbilissi où elle organise des concerts. Pour nous c’est une aubaine ! Nous passons du bon temps, chez elle et dans son bar, à écouter des polyphonies géorgiennes.

Vous pouvez l’entendre ici en répétition avec son groupe travaillant la chanson « Dedats Mikvars ».

Nous passons quelques jours très agréables dans la capitale géorgienne. Nous rencontrons Tomaso, Mika, Alina et bien d’autres. Étrangers ou géorgiens, ils sont tous installés à Tbilissi, sont engagés dans divers domaines et débordent de projets : bar associatif, jardins partagés, institut pour promouvoir les langues et la culture, café philo, soirée poésie et musique… Nous buvons un verre avec l’un, puis allons chercher l’autre qui prépare le jardin, nous participons ensuite à un cours de français… Nous découvrons en leurs compagnies des lieux très sympathiques et ils nous font partager quelques instants de la vie de la ville.

Nous quittons finalement Tbilissi début avril pour nous rendre en Azerbaïdjan et vous laissons en musique en compagnie du groupe « Nanina » qui donnait un concert au bar de Zoé. Ici un trio, Eukunat :

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