A Baku on a marché sur la tête et on s’est baladé sur la lune

P1110352

Il y a un mois, lorsque nous écrivions notre dernier article il nous semblait que notre voyage était réglé comme du papier à musique. En entrant dans le monde de la bureaucratie et des visas nous pensions abandonner tout imprévu sur notre itinéraire. La suite nous a bien prouvé le contraire…

Dès notre arrivé en Azerbaïdjan, nous nous confrontons à nos premiers problèmes. Personne n’accepte de nous vendre une carte sim du pays sans carte d’identité azérie. Un hôtel refuse également de nous enregistrer, le propriétaire ne comprend pas l’anglais et n’a jamais effectué cette démarche. Nous n’avons que dix jours pour procéder à notre enregistrement et notre hôte à Baku ne peut le faire car elle est allemande. Heureusement, deux turcs que nous avions rencontrés à Rize nous avaient donné le contact d’Ilkin qui habite Baku. Nous l’appelons et aussitôt celui ci accepte de certifier nous héberger durant toute la durée de notre séjour. Il viendra également avec nous au service d’immigration dès que nous arriverons dans la capitale.

P1110270

Nous voilà donc traversant l’Azerbaïdjan le plus vite possible, ne profitant qu’à moitié de la route et ne buvant qu’un ou deux thés sur les vingt qu’on nous invite à boire chaque jour. Malgré tout nous commençons à voir les paysages changer. Ils prennent une tournure qui réveille en nous nos désirs d’Asie Centrale. Le soir nous trouvons quelques bivouacs surprenants, une nuit au milieu d’une grande plaine désertique, une nuit à dix mètres d’un poste de garde, et une autre sur une petite île formée par deux canaux à sec. Cette dernière fût plus agitée… A minuit nous sommes réveillés par une lumière, nous comprenons que quelqu’un est proche de la tente. Nous l’entendons se déplacer puis soudain un grand bruit de ferraille. A demi endormis nous pensons tout de suite aux vélos. Nicolas s’extrait de son duvet en gueulant, mais le temps de sortir de la tente, la voiture est déjà repartie. Un rapide coup d’œil nous rassure, rien n’a bougé. Nous ne comprenons pas d’où provenait le bruit métallique, mais sans doute l’homme a été plus effrayé que nous. Nous nous rallongeons, entendons encore la voiture faire un ou deux aller-retours dans les champs voisins. Puis un peu plus tard nous sommes réveillés par le bruit de l’eau qui envahit les canaux. Nous comprenons enfin, l’homme venait juste ouvrir les vannes pour irriguer ses champs. Au petit matin nous nous retrouvons encerclés par l’eau ce qui nous oblige à faire quelques acrobaties pour faire passer nos affaires de l’autre côté.

P1110282.JPG

Nous arrivons à Bakou seulement sept jours après avoir franchi la frontière. Dans cette ville nous avons la chance d’être hébergés par Stefanie qui nous laisse habiter son appartement autant de temps qu’il nous faut pour accomplir toutes nos démarches. Et il nous en faut du temps… près de trois semaines ! Stefanie nous accueille avec joie et spontanéité. Nous avons également le plaisir de rencontrer et de passer du temps avec ses colocataires, Yasemin et Ercan. Dans son appartement nous nous sentons à l’aise et nous retrouvons, le temps d’une parenthèse, les joies d’une cafetière à l’italienne. La journée, entre deux ambassades, nous sirotons tranquillement notre café tout en discutant. Nous rencontrons des amis de Stefanie, un couple de cyclo-voyageurs et nous passons plusieurs soirées bien agréables. Tout cela est bien nécessaire puisque le reste de notre temps est bien moins amusant. Il s’agit de traverser la ville de long en large, en bus, en métro ou à pied ; de visiter l’ambassade d’Ouzbékistan, du Kazakhstan, celle de France ; de chercher des renseignements sur les ferries qui relient Bakou au Kazakhstan…

P1110414

Une fois nos démarches lancées, nous prenons le temps de nous balader autour de Bakou. C’est ainsi que soixante-dix kilomètres au sud de la ville nous nous retrouvons soudainement dans un paysage lunaire. Nous marchons sur une colline abritant des volcans de boue. Les volcans ne sont pas trop actifs, quelques bulles viennent juste éclater mollement au milieu de leur cratère. Cette promenade, bien qu’elle prenne une grande place dans le titre de cet article ne dure qu’une journée. Ceci-dit elle nous fait un bien fou et nous redonne de l’énergie avant de nous replonger tête baissée dans nos soucis administratifs.

P1110375

Nous obtenons aisément le visa du Kazakhstan et cela nous donne bon espoir pour la suite. Mais malheureusement les jours passent et nous commençons à déchanter. Nous avons beau nous rendre à l’ambassade d’Ouzbékistan à chaque jour d’ouverture, nous obtenons toujours la même réponse : il n’y a pas de nouvelles mais ils nous rappelleront dès qu’ils en auront. Finalement les jours passent si bien qu’un matin on se rend compte qu’il ne nous en reste plus que sept avant la fin de notre visa.

Puis en deux jours, voilà que tous nos projets s’écroulent. Alors que nous essayons de faire renouveler notre visa d’Azerbaïdjan on nous apprend que cela est impossible dans notre cas et qu’il nous faut quitter le pays la veille de la date d’expiration de celui-ci. Le même jour nous retournons voir le consul d’Ouzbékistan, une énième fois après une attente de seize jours déjà. Mais toujours le même refrain !

Le lendemain matin, notre ami Ilkin qui est toujours là pour nous aider dès qu’on en a besoin, nous appelle pour nous informer qu’un ferry part aujourd’hui et qu’il nous faut embarquer à 18h dernier délai. Le port ne peut pas nous assurer qu’il y en ait un autre avant la fin de la semaine. Nous réfléchissons dans l’urgence à la meilleure solution. Attendre le visa ouzbèke en priant pour qu’un hypothétique bateau puisse nous prendre ensuite. Cela au risque de nous retrouver coincés et de devoir prendre l’avion à la dernière minute avec nos deux vélos, notre remorque et nos 70 kilos de bagages. Ou bien jouer la sécurité et embarquer dans ce ferry en priant cette fois pour que le visa ouzbèke arrive dans la matinée. Nous optons pour la deuxième solution. Nous courons au port pour acheter deux billets, puis nous rentrons préparer nos affaires et dire au revoir précipitamment à nos hôtes. Nous téléphonons trois fois à l’ambassade avec chaque fois une réponse négative. Au dernier appel, à 16h, nous décidons d’embarquer dans un taxi qui nous mènera au port d’Alat. Il est situé à 60 km de Bakou et c’est de là que partira notre bateau. Encore une fois Ilkin se charge de nous trouver une camionnette et de négocier un bon prix.

P1110458

Une fois les vélos chargés, nous montons dans le taxi. Le chauffeur se retourne vers Ilkin et lui demande : « C’est où Alat ? ». Nous ne sommes pas tellement rassurés… Quelques kilomètres avant d’arriver au port, le sort nous fait un dernier pied de nez : le consul d’Ouzbékistan, au bout du fil, nous appelle pour nous dire qu’il vient de recevoir nos visas ! Mais il est bien trop tard… A vélo tout ne roule pas toujours comme sur des roulettes !

P1110499

Et nous voilà à bord d’un cargo à destination d’Aktau. Il est assez rare que ce bateau embarque des passagers exceptés les chauffeurs de camion. Nous sommes ainsi entourés pendant deux jours de routiers qui nous initient au russe. Ils s’amusent de notre voyage et du temps que nous prenons pour faire des distances qu’ils parcourent en quelques jours. Ils nous racontent les routes qui nous attendent au Kazakhstan, en Chine… Nous profitons aussi de ces deux jours pour imaginer un nouvel itinéraire. Pour nous consoler nous pensons aux problèmes que nous aurions rencontrés en Ouzbékistan, et nous imaginons la montagne kirghize dans laquelle nous passerons sans doute trois mois. Mais tout de même, nous quittons l’Azerbaïdjan avec un petit pincement au cœur.

Adieu Khiva, Boukhara et Samarcande …

P1110506

Publicités