A travers la Bulgarie

A Veliko Tarnovo nous avons été très enthousiasmés par la musique bulgare. Là-bas on nous a donné l’adresse d’une des plus grandes écoles de musique traditionnelle de Bulgarie. Celle-ci se trouve au centre du pays, à deux pas du chemin que nous souhaitions emprunter. Nous enfourchons donc nos vélos dans cette direction, quittons les grands itinéraires pour nous enfoncer sur de petites routes traversant pâturages et forêts. Nous grimpons à l’assaut de nos premières montagnes qui bien que peu élevées, nous essoufflent déjà.

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Lorsque nous atteignons l’école de musique qui domine la ville de Kotel, la journée est déjà bien avancée. Nous allons toquer à la porte du gardien et expliquons en quelques mots notre projet. Le directeur adjoint vient nous recevoir et, accompagné d’Emil, le professeur d’accordéon, il nous fait visiter l’école au pas de course. Il nous imprime ensuite quelques feuilles et nous dit que si nous souhaitons écouter de la musique, il nous suffit de taper le nom de l’école sur « youtube ». Nous sommes un peu dépités d’avoir fait tout ce chemin pour si peu… Emil qui s’en aperçoit s’arrange pour que l’on puisse écouter certains cours. Comme il va faire nuit d’ici peu, on nous dit que nous n’aurons qu’à planter la tente dans le jardin de l’école.

Très heureux, nous allons assister à un cours d’orchestre puis à un cours de danse. Nous rejoignons ensuite Emil et parlons beaucoup avec lui. Les doigts sur les touches de son accordéon, il nous présente la musique bulgare.

Nous nous séparons pour aller nous coucher et nous donnons rendez-vous le lendemain où nous pourrons peut-être assister à un cours de chant. Emil repart en direction de l’internat où élèves et professeurs logent tandis que nous nous dirigeons vers notre jardin.

Épuisés, nous nous allongeons et cherchons le sommeil en vain. Malgré l’heure tardive, la cour de l’école reste bien animée. Un groupe de jeunes élèves s’agglutine autour de notre tente et ne cesse de répéter « What’s your name? ». Nous espérons qu’ils s’en lasseront mais au bout d’un bon quart d’heure, certains s’amusent à venir toucher la tente et un caillou atterri sur la toile. Nous sortons alors disperser le groupe puis rentrons sombrer dans un sommeil profond.

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Le lendemain, nous nous réveillons à six heures. Mais les yeux à peine ouverts, voilà que la gardienne vient nous demander de plier bagages. Elle ne parle que trois mots d’anglais et revient sans cesse, toujours plus agressive en les répétant : « passport », « police », « weapons ». Puis elle revient une ultime fois et nous assène des « Good bye ! » sur un ton violent et mauvais. Surpris par cette situation que nous ne comprenons pas et désemparés par cette agressivité nous partons sans demander notre reste. Nous n’avons pas eu le temps de dire au-revoir à Emil et aux autres professeurs et ce départ précipité nous laisse une incompréhension amère. Face aux barrières de la langue nous n’avons pas pu nous exprimer, demander des explications et nous ressasserons cet épisode durant plusieurs jours en tentant d’y trouver un sens.

Cette mésaventure se situe juste deux ou trois jours après les attentats de Paris. Sur le ton de la blague, Emil nous avait dit que certains enfants avaient peur de notre venue et se demandaient si nos sacoches ne contenaient pas des armes. Peut-être que, dans ce contexte lourd, certains ont pris peur des deux étrangers de passage que nous étions et ont préféré nous mettre à la porte le plus vite possible… Mais nous n’en serons jamais sûrs.

Le moral dans les chaussettes, nous descendons les rues de Kotel. Au bout de quelques pas, nous tombons sur un policier qui contrôle nos papiers. Il est calme et souriant. Alors qu’il inspecte nos passeports, une femme passe dans la rue et lui adresse un signe de main. Notre policier, gêné, s’excuse d’un « oh… , c’est ma femme » puis court lui glisser deux baisers tendres sur la joue. Lorsque nous lui demandons s’il connaît un bar où nous pourrions avoir internet, il nous y accompagne tout en nous présentant les statues et bâtiments de la ville. Sur place, il s’assure que le wifi fonctionne bien avant de nous laisser.

Un peu plus tard, en sortant du bar, nous voyons un homme tourner autour de notre remorque, l’inspecter sous tous les angles, disparaître puis revenir avec une bobine de cuivre à la main. Il nous la tend avec un air entendu et malicieux. Nous le remercions puis reprenons notre route.

À la sortie de la ville nous croisons un camion aménagé garé sur le bas-côté. On nous salue et nous nous arrêtons discuter. Il s’agit d’un jeune couple qui voyage en Europe. Malheureusement pour eux, après deux jours à peine de voyage, leur camion est tombé en panne. Mais cela ne leur enlève pas le sourire et nous partageons un café tous les quatre en attendant la dépanneuse.

Cette journée image bien une idée qui nous plaît dans le voyage. Mettre un pied devant l’autre et se laisser aller aux événements qui viennent à notre rencontre, qu’ils soient bons ou parfois moins agréables.

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Nous arrivons à Burgas fin novembre. Nous savons que nous allons nous y reposer une semaine et cela nous enchante. Anne-Laure, la sœur de Camille vient nous rejoindre et avec elle nous découvrons le sud-est de la Bulgarie. Pour l’occasion, nous abandonnons nos vélos et nous nous déplaçons en bus.

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Nous visitons les villes de la côte de la Mer Noire, Nessebar, Sozopol… Et cela nous plaît de nous promener à travers des rues désertes, de voir les magasins fermés, les hôtels ayant comme seuls habitants les ouvriers qui les retapent pour l’été. Les plages certainement bondées en saison sont entièrement à nous. Cela semble étrange et absurde. Ces décors vides, qui pourraient être ceux d’un film, ont des allures de fin du monde.

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Nous profitons de nos vacances à tous les trois en adoptant un rythme lent fait de bons repas, de films, de balades et de visites. On souhaiterait que cela dure encore, mais l’avion de retour d’Anne-Laure vient y mettre un terme.

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L’hiver s’installe doucement. Les température descendent et il n’est pas rare qu’il gèle la nuit. Malgré les frimas il nous faut reprendre nos vélos et pédaler jusqu’en Grèce. Mais c’est de bon cœur car c’est pour y passer les fêtes de fin d’année avec la famille de Nicolas. Nous avons deux semaines pour relier Burgas à Thessalonique. Il nous faudra changer de rythme et appuyer un peu plus fort sur les pédales !

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Des débuts à vélo tout en peinture et en musique

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Nos premiers coups de pédales sont difficiles. Et pourtant, la route que nous empruntons en Roumanie est très plate. Mais il est compliqué de passer du calme d’un fleuve à l’agitation des routes et nous comprenons qu’il nous faudra quelques temps pour nous habituer à ce changement. Cela ne fait pas une semaine que nous sommes partis et déjà le bruit des moteurs, les klaxons et la fébrilité ambiante nous étourdissent. Nous sentons le besoin de prendre un peu de repos. Nous sommes près de Roussé et nous y connaissons un endroit fort indiqué lorsque l’on a besoin de se remettre sur pieds. Nous envoyons un message à Teodor. Il nous répond aussitôt que nous pouvons venir quand nous le souhaitons chez lui.

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Chez lui, nous retrouvons son chat turbulent et malicieux et son appartement unique, en perpétuel changement. Teodor fait vivre les murs de son logement qui, blancs d’origine, se recouvrent de peintures et de fresques au gré de son humeur créative. Il appelle cela « l’appel du mur blanc » ! Nous arrosons nos retrouvailles puis sortons nos instruments, nous mettons à jouer tandis que Teodor, peinture à la main, s’empare d’un pan de mur de son salon. De soirée en soirée, de journée en journée, nous passons finalement près d’une semaine à Roussé où nous nous sentons si bien.

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Puis Teodor nous propose de profiter de son week-end pour nous accompagner à vélo. Avec lui nous affrontons nos premières côtes. Il nous fait visiter les monuments et paysages du coin et nous amène dans le village de sa famille. Nous faisons la connaissance de ses parents, de sa grand-mère et retrouvons son cousin que nous avions déjà rencontré lors de notre première visite à Roussé. Nous arrivons vers 16h pour la fête du village. Nous avons déjà mangé mais on nous sert du riz et du poulet, accompagnés par le vin et le rakia de la maison. À 19h nous sommes bien repus. On nous fait pourtant nous attabler à nouveau. Devant nous, un monticule de saucisses domine les assiettes puis sa grand-mère sort du four une énorme pitka, un pain brioché bulgare. C’est délicieux, alors comment refuser ? Mais nous nous endormons le soir, l’estomac un peu trop plein et douloureux. Le lendemain matin nous quittons Teodor et sa famille. Nous le remercions encore, grâce à lui nous avons passé une excellente semaine et nous avons retrouvé tout notre entrain pour pédaler.

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Nous partons en direction de Veliko Tarnovo, ancienne capitale de l’Empire Bulgare. Mais notre motivation nouvelle se dissipe vite lorsque nous avons à emprunter une route à forte circulation. Sur une route large comme une petite départementale, se donnent rendez-vous tous les poids lourds et autres véhicules en provenance ou à destination de Sofia et de Roumanie. Beaucoup de circulation pour une si petite route… Chacun semble plus pressé que l’autre. On se double à qui mieux mieux et, partant du principe que la vie est plus intense quand elle est en jeu, on se dépasse au coin d’un virage. Mais nous, nous y tenons à la vie, et à sentir les voitures nous frôler, à entendre le klaxon des camions nous prévenir qu’ils ne ralentiront pas, ni ne se décaleront et qu’il ne nous reste plus qu’à nous déporter dans le bas côté, nous commençons à paniquer. Nous préférons encore marcher derrière la rambarde de sécurité et quitter au plus vite cette route démentielle. Le reste de notre chemin jusqu’à Veliko Tarnovo sera heureusement plus calme.

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Cette fois-ci nous sommes accueillis par un français. Lucas est peintre et vient étudier en erasmus la peinture et la sculpture. Il est arrivé à Veliko Tarnovo depuis peu mais avec son chien Tosca ils semblent déjà bien connaître le quartier. Le soir, lorsque nous allons immanquablement boire une bière dans le bar d’à côté, Tosca vient avec nous. Là-bas, tout le monde la connaît et elle passe de table en table pour recevoir son lot de caresses avant de s’allonger tranquillement derrière le comptoir. L’ambiance qui règne dans ce bar culturel semble très familiale. Lucas salue tout le monde puis nous allons discuter avec le barman qui l’avait accueilli à son arrivée en Bulgarie. Lorsque nous le questionnons quant à la musique traditionnelle dans la ville il nous indique un lieu où des musiciens se réunissent chaque matin pour répéter.

À voir Lucas prendre ses habitudes dans ce lieu nouveau où il va vivre pendant un an, cela nous donne quelques envies. Quelques idées de repos un peu plus long dans une ville un hiver, qui sait…

Le matin nous partons à la recherche du lieu indiqué la veille par le barman. Nous tournons dans les rues pendant près d’une heure mais arrivons finalement devant un grand bâtiment. Il s’agit bien de l’endroit indiqué et nous montons frapper à la porte d’une pièce, au quatrième étage, d’où s’échappent quelques notes de musique. Nous entrons un peu mal à l’aise dans cette grande salle et présentons notre projet. Les musiciens de l’ensemble « Iskra », rangés derrière leurs pupitres en bois sculptés, nous accueillent avec un grand sourire et nous font asseoir. Ils se mettent à notre disposition pendant tout le reste de leur répétition. Nous les écoutons, les questionnons. Ils nous présentent leurs instruments et leur musique et acceptent que nous les enregistrions. À les entendre, tous les deux sur notre chaise, nous nous trouvons soudainement très émus. En voyage nous n’avons pas souvent l’occasion d’écouter de la musique, ce qui la rend d’autant plus forte.

Nous enregistrons deux morceaux, assez rythmés. Puis sur notre demande, ils nous rejouent notre préféré :

Kelemanovski melody…