Grèce : des hommes et des dieux, du foie gras, du saucisson et du bon vin!

Les premiers jours après notre départ de Burgas nous pédalons avec entrain vers la Grèce. Le temps est toujours aussi froid, mais nous doublons, voire triplons nos distances journalières.

P1100170

Un midi nous nous arrêtons dans le village d’Ustrem situé à une cinquantaine de kilomètres de la frontière grecque. Nous achetons deux banitzas, deux cafés et nous nous asseyons sur les marches d’un bâtiment. Un groupe de femmes passe devant nous et nous salue. Elles semblent amusées de nous voir ainsi chargés sur nos vélos. Nous tentons de leur expliquer notre voyage avec les quelques mots de bulgare que nous connaissons. Cela semble les amuser encore d’avantage et gentiment elles nous proposent de nous inviter chez elles. Nous les suivons jusqu’à leur maison où leur mère, entourée de nombreux enfants, nous accueille avec chaleur. On nous montre la chambre dans laquelle nous dormirons puis nous nous attablons autour d’un repas. Nous continuons à discuter munis de notre carnet sur lequel nous griffonnons pour mieux nous faire comprendre. Mais la discussion glisse lentement vers le thème de l’argent et y reste suffisamment longtemps pour nous rendre mal à l’aise. Elles nous exposent avec un peu trop d’insistance la misère dans laquelle elles vivent, nous content les problèmes de santé de leurs nombreux enfants et la difficulté d’avoir un salaire décent.

Puis, comme nous commencions à le pressentir, les choses tournent mal. Lorsque nous nous retrouvons seuls avec celle qui avait pris l’initiative de nous inviter, elle ferme la porte pour plus d’intimité et commence à nous supplier de lui donner 800 euros pour soigner son enfant qui est malade. Nous essayons de lui expliquer gentiment que ce n’est pas possible. Mais elle ne cesse de nous implorer. Devant notre refus, la somme qu’elle demande ne cesse de diminuer, 600, 400, 200… Nous restons polis au début, puis finalement nous n’y tenons plus et décidons de partir. Voyant que nous nous levons son visage se décompose. Gênée et semblant très mal à l’aise, elle nous fait comprendre qu’elle regrette, que la nuit commence à tomber et que nous pouvons rester dormir chez elle.

Comme nous ne comprenons pas ce qui se passe réellement dans cette maison, nous nous inventons une histoire qui nous contente : pris de compassion, nous imaginons que la mère et le reste de la famille ne sont pas au courant de ses manœuvres et que si nous partons elle serait honteuse de devoir s’expliquer devant sa famille.

Nous décidons alors de rester mais de tenter à tout prix d’éviter ce genre de discussion. Nous sortons nos instruments pour apaiser la tension et jouons une petite heure au grand plaisir des enfants de la maison. Mais voilà qu’au moment de préparer le repas du soir, nous nous retrouvons à nouveau pris au piège. Alors que des voisines commencent à affluer vers la maison, la même femme nous demande de venir faire les courses avec elle. Nous lui expliquons que nous n’avons plus un lev en poche. Mais elle insiste avec un ton méchant et dit qu’avec une carte bleue on peut tout avoir. Nous refusons avec fermeté. C’est alors que la mère, suivie de tout le reste de la famille viennent tour à tour tenter de nous convaincre de payer le repas de la fête qu’elles préparent sur notre dos. Le ton va crescendo et cela commence à sentir vraiment le roussi. Les mots deviennent agressifs et l’on s’échauffe. Nous rangeons et regroupons nos affaires encerclés par ces femmes et ces enfants dont le visage a bien changé… Cela n’en vient pas aux mains, mais les portes claquent dans la maison et on y entend crier.

Nous réussissons tant bien que mal à nous échapper et pédalons dans la nuit déjà bien noire. Dans ce moment difficile nous aimerions être en voiture ou en hélicoptère pour pouvoir se mettre rapidement à distance de ces événements. Mais à vélo nous ne pouvons nous éloigner que de quelques kilomètres. Finalement nous nous enfonçons dans une forêt pour y passer la nuit. Nous sommes encore troublés mais lentement les arbres et le silence de ce lieu nous apaisent. Cette histoire nous renvoie notre image en pleine figure. Nous ne sommes que des gens extrêmement favorisés qui peuvent s’accorder le luxe de voyager pendant deux ans.

P1100177

Notre humeur est amère et maussade, mais la voix de Yun Sun Nah vient mettre un peu d’ironie dans le sort qui nous est jeté. Il s’agit de notre sonnerie de portable et puisque nous leur avions donné notre numéro Nicolas n’est pas étonné d’entendre avec un accent « Allo, Nicolas !». Mais la voix est rieuse et enjouée… Il s’agit de Raki, une des femmes de la cour dans laquelle Nicolas avait habité six mois au Burkina Faso. Il n’avait donné aucune nouvelles depuis quatre ans mais elle souhaite en prendre et espère que tout va bien pour lui et pour toute la famille.

Ce petit pied de nez du sort tombe à point. Il nous met du baume au cœur et nous réconforte en nous rappelant que nous avons fait des rencontres heureuses et que nous en ferons d’autres dans la suite de notre voyage.

Le lendemain nous nous hâtons jusqu’à la frontière grecque. Nos premiers contacts avec ce pays sont chaleureux. Dès notre deuxième nuit, alors que nous demandons à planter la tente dans un jardin, on nous offre gentiment thé, baklava, repas et café. Cela nous permet de tourner définitivement la page sur notre dernière mésaventure.

P1100194

Nous pédalons à nouveau plus confiants et plus nous avançons vers la Mer Égée, plus nous rencontrons la Grèce mythique avec ses collines, ses oliviers, ses bords de mer et tous ses sites archéologiques qui fleurissent sur cette terre mythologique.

P1100202

Nous prenons plaisir à pédaler dans ces lieux mais nous nous hâtons pour arriver à temps à notre rendez-vous à Thessalonique avec Max, le frère de Nicolas et Manue sa copine. Eux aussi voyagent à vélo, ils font le tour de l’Europe et vont s’arrêter en Grèce cet hiver pour travailler dans une ferme. https://europeablecyclette.wordpress.com/

P1100277

Mais alors que nous sommes presque arrivés, voilà que nous croisons deux cyclo-randonneurs qui font route en sens inverse. Ils sont français et nous commençons à discuter sur le bord de la route. Au bout d’une heure nous nous rendons compte qu’il serait plus judicieux de s’asseoir autour d’un café. Mais comme il est midi, nous nous attablons plutôt autour d’un gyros. Nous avons une bouteille de Metaxa que nous partageons sans cesser de discuter. Finalement l’après midi est bien avancé et nous décidons de bivouaquer ensemble sur la plage au bord de la ville. S’en suit une soirée ou nous continuons à discuter longuement et coinchons autour du feu. Le lendemain nous prenons le petit déjeuner ensemble et alors qu’il est presque midi nous réussissons à nous séparer. Ils repartent vers Istanbul pour passer les fêtes de fin d’année avec leur famille, puis iront ensuite en Inde. http://www.puffy-en-voyage.com/

De notre côté nous repartons vers Thessalonique. Avec cet arrêt nous sommes en retard sur nos prévisions. Il n’est maintenant plus question de saluer des gens sur la route : c’est trop dangereux, on pourrait encore passer des soirées sympathiques qui nous empêcheraient d’arriver à temps à notre destination !

Arrivés à Thessalonique, de nombreuses soirées, très sympatriques justement, nous attendent. Nous passons d’abord trois jours avec Max et Manue, à discuter affalés dans des canapés, à jouer à la coinche et à manger. Après cinq mois de voyage nous en avons des choses à nous raconter !

Nous rejoignent ensuite les parents de Nicolas, Maïlys, sa sœur et Christian et Marie-Noëlle, des voisins, enfin plus, des habitants de la cour de Signy !

P1100309

Avec eux ils amènent un bout de France : du foie gras, du saucisson délicieux et du vin tout aussi bon ! On savait qu’on pouvait leur faire confiance ! Alors nous nous régalons et nous dégustons aussi la présence des uns et des autres. Passer Noël dans ces conditions alors que cela fait cinq mois que nous voyageons et que nous sommes à quelques milliers de kilomètres de la maison nous semble incroyable.

P1100320

Nous en profitons pour visiter les lieux archéologiques des environs, Pellas, Dion ainsi qu’une petite marche sur le mont Olympe.

P1100228.JPG

Après une semaine à Thessalonique nous prolongeons nos vacances grecques du côté d’Athènes. Christian et Marie-Noëlle repartent de leur côté visiter Delphes puis rentreront tranquillement en voiture à Signy tout en visitant une partie de l’Europe.

P1100266

Dans la capitale grecque, nous rejoignons la famille de Manue presque au complet. Nous continuons sur notre rythme : bien manger et découvrir les monuments et les lieux historiques. Malheureusement, les trois jours où nous sommes à Athènes, nous jouons de malchance : le premier jour est férié, le second les musées sont fermés et le troisième une grève continue à nous empêcher de visiter l’Acropole et les musées de la ville.

P1100330

P1100334

P1100350

 

 

 

Nous partons ensuite passer quelques jours dans le Péloponnèse. Les paysages tout comme les sites y sont splendides. Et c’est avec regret que ces deux semaines de vacances grecques se terminent, on ne s’est pas lassé de ces bons moments.

Nous finirons cet article en musique avec le réveillon du 31. Le groupe des « Musiclettes » composé de Max, de Manue et de Clément (un cyclo-randonneur avec qui ils ont voyagé pendant un mois) animaient la soirée.

Publicités