De la chapka au bikini

Si vous avez trouvé que les articles se sont mis à raccourcir ce n’est pas une illusion et celui-ci le fera encore d’avantage! Notre voyage ainsi que l’énergie que nous mettons à écrire le blog touchent à leurs fins et nous préférons vous raconter tout cela bientôt de vive voix!

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Notre retour de Saint-Pétersbourg à Poitiers ne commence pas de la meilleure manière. Nos kilomètres à travers la Russie et les Pays Baltes sont bercés par ce que la météorologie appelle un mélange hivernal. Il ne s’agit pas d’une salade de légumes de saison mais d’un fin mélange de neige, grêle et pluie, assaisonné d’un vent fort.

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Nous passons ainsi quelques sales quarts d’heure noircis davantage par la conduite de quelques chauffards. Le mauvais temps ne rend pas les automobilistes plus courtois, ils nous frôlent, nous éclaboussent et cela rend nos nerfs un peu fragiles. Seulement un jour, alors que nous pédalons sous la neige depuis plus d’une heure, une voiture s’arrête et un homme en descend avec deux cafés chauds et un paquet de gâteaux. « I think you need that » nous dit-il avant de remonter aussitôt dans sa voiture.

Nous pensions suivre une piste cyclable mais il n’en est rien : quand elle ne nous envoie pas pédaler sur les routes nationales elle nous perd dans des chemins inexistants.

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Le printemps nous arrive finalement entre la Lituanie et la Pologne. Malgré le vent continuel nous pédalons avec plus de plaisir et commençons même à avoir quelques idées de baignade.

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La suite du retour se fait dans le même ton printemps-été à travers l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique.

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Bon… c’est déjà la fin de l’article. Bien sûr vous n’avez pas vu de photos de bikini. Mais on pensait qu’à défaut de contenu il nous fallait mettre un titre accrocheur !

La pause du transsibérien

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Avant notre départ de France, nous nous rappelons imaginer la ville d’Esztergom en Hongrie comme un bout du monde. Son nom même, aux sonorités étranges, nous la rendait lointaine et il nous était difficile de nous projeter abordant un jour ses rives en kayak. Alors, quand nous évoquions Vladivostok cela avait pour nous des allures de rêve irréalisable. Esztergom nous paraît désormais faire parti d’un passé lointain et c’est au présent que nous marchons dans les rues de Vladivostok. C’est drôle, les durées semblent se distordre, une éternité peut devenir un instant et le voyage devient une grande machine à mélanger les temps. Et maintenant le temps est au retour. Dans moins de trois mois nous serons en France.

La ville de Vladivostok semble être un résumé de notre voyage. Elle est russe et nous y voyons des produits que nous avons mangés dans les différents pays d’ex Union Soviétique traversés. Nous y retrouvons aussi le plov et les samsas d’Asie Centrale, les gimchis de Corée, les sushis du Japon et de gros raviolis cuits à la vapeur nous rappellent la Chine. Outre les supermarchés, nous visitons le musée Arseniev. Les périples de cet explorateur russe, accompagné de Dersou Ouzala, nous avaient faits rêver et donné des désirs de grands espaces.

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À Vladivostok nous sommes accueillis par Evgeni. Il enseigne la géographie et joue de la guitare. Il nous propose de passer quelques heures dans son lycée, de présenter notre voyage et de jouer plusieurs morceaux en sa compagnie.

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Rapidement il est l’heure d’embarquer avec tout notre attirail dans le transsibérien. Et ça n’est pas une mince affaire… Nous pourrions en écrire un roman mais nous la résumerons en quelques lignes :

Après nous être fait aboyer dessus par différents dogues en uniforme puis nous être fait trimballer d’un wagon à l’autre, on nous laisse installer nos vélos sur une de nos couchettes et nous finissons d’apporter nos bagages juste avant le coup de sifflet final. Cependant nous sommes bien embêtés : nous n’avons plus qu’un lit large d’à peine 50 centimètres pour passer sept jours dans le train. Qui plus est, ce lit est coincé sous le plafond et il est impossible de s’y asseoir sans être courbé… Il ne nous reste plus qu’à profiter des 40 minutes de pause à Khabarovsk pour acheter un ticket supplémentaire.

Nous pensons enfin pouvoir profiter tranquillement du trajet mais le répit n’est que de courte durée. Dans notre wagon, sans même nous avoir adressé la parole, un groupe s’est persuadé que Nicolas est musulman. Le soir venant et la vodka aidant, ils deviennent de plus en plus imbibés et agressifs. Malheureusement ils ont le consentement des deux responsables de wagon. On nous montre du doigt, on nous insulte en russe et nous passons quelques moments désagréables. Le plus débile d’entre-eux bloque Nicolas dans le couloir et lui demande à plusieurs reprises de faire le signe de croix. Nicolas refusant, il lui tire la barbe en l’insultant. La tension monte et nous ne savons pas vraiment où cela s’arrêtera. Heureusement, nos voisins ouzbèkes calment le jeu et tentent de discuter avec eux pour les apaiser. On admire leur attitude paisible face à la haine et la stupidité qui se lisent dans les yeux de leurs interlocuteurs. Eux sont musulmans et cela doit leur être encore plus douloureux de subir ce discours haineux.

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Après deux jours pénibles, l’ambiance s’apaise et nous profitons du voyage en compagnie de nos amis ouzbèkes. Un peu plus plus tard, une jeune russe parlant anglais arrive dans notre wagon et finit de débloquer la situation. Elle nous explique que ce genre d’incident est très rare mais que deux amis à elle en ont subi des pires : un ami barbu s’est fait tabasser et couper la barbe dans la rue tandis qu’un autre, aux cheveux longs, s’est fait frapper et taillader sa veste car on le pensait homosexuel.

Durant les sept jours de trajet qui nous mènent à Moscou, nous voyons défiler un unique paysage, plus ou moins enneigé, composé de prairies et de forêts de bouleaux et de sapins. Quelques villages ou parfois une rivière encore gelée rompent la monotonie de notre contemplation sibérienne.

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Nous passons deux jours à Moscou à discuter avec un autre cyclo-randonneur français logeant aussi chez notre hôte Aleksander. Ça nous fait très plaisir de partager nos histoires de voyage respectives mais pour ne pas passer pour des imbéciles nous prenons quand même une matinée pour nous balader sur la Place Rouge.

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Pour le train jusqu’à Saint-Pétersbourg nous nous préparons à contourner tout éventuel problème. Nous achetons donc directement trois places (il faut dire que le prix de la place n’est pas excessif, pour 10 euros par personne nous faisons la liaison entre les deux villes) et deux tickets pour les vélos. Nous arrivons deux heures en avance mais grand bien nous en prend car nous nous apercevons que nous ne sommes pas à la bonne gare. Six kilomètres plus tard nous nous précipitons sur le bon quai et commençons à négocier pour faire rentrer nos vélos dans notre wagon. Malgré nos précautions ça n’est toujours pas aisé. Il n’y a pas de solution miracle, faire voyager des vélos dans des trains russes semble être bien difficile.

À Saint-Pétersbourg nous prenons encore quelques jours de repos touristique avant de chevaucher nos vélos pour le retour.

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