Parlez-moi de la pluie…

Avant notre départ, nous disions à qui voulait l’entendre que la descente du Danube serait une véritable sinécure, que nous passerions notre temps à lire, à jouer de la musique ou à se baigner. Le Danube, par son courant, devait se charger, tel un tapis roulant, de nous emmener jusqu’à la Mer Noire sans trop d’effort ou de sueur. Nous nous sommes rapidement rendu compte de notre erreur. Jusqu’à présent le fleuve était très calme, endormi par la chaleur de l’été et les nombreux barrages. Ainsi nous avons dû revoir nos kilomètres journaliers à la baisse et malgré cela nos efforts et nos coups de pagaies devaient être lourds et prolongés. À la fin de l’Autriche avec quelques jours d’orage, la pluie est venue grossir le fleuve. Depuis il n’est pas impossible de nous entendre chantonner dans notre kayak cet air de Brassens quelque peu accommodé à notre situation :

« Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps,
Le beau temps me dégoûte et m’ fait grincer les dents,
Le bel azur me met en rage,
Car le plus grand courant qui m’ fut donné sur terr’
Je l’ dois au mauvais temps, je l’ dois à Jupiter,
Il me tomba d’un ciel d’orage. »

Grâce à la pluie nous avons désormais plus de temps pour nous reposer et gardons espoir de rallier le Delta à temps pour pouvoir ensuite rejoindre les parents de Camille et nos bicyclettes. Mais nous avons tout de même à l’esprit, comme on nous l’a dit, que le Danube est un fleuve lent et que ce courant merveilleux ne sera peut-être pas toujours notre compagnon.

Seul petit désagrément de la pluie : il faut faire sécher les affaires mouillées entre les gouttes ! Et si jamais il devait pleuvoir plusieurs jours d’affilés, nous serions en réalité bien embêtés…

séchoir

Après avoir visité Vienne, nous arrivons très vite à Bratislava. Nous n’avons malheureusement visité que très rapidement la capitale slovaque. Mais nous gardons comme souvenir la très bonne surprise d’avoir reçu, la veille de notre arrivée dans la ville, un message de Gabriel et Anne-Laure, des amis de Nicolas, qui arrivaient en sens inverse à Bratislava, sur le retour d’un périple en Europe en voiture. Ils nous auraient écrit un jour plus tard, nous ne les aurions pas croisés !

Nous ne passons que peu de temps en Slovaquie. Pendant une centaine de kilomètres nous naviguons sur la frontière entre la Slovaquie et la Hongrie. Pendant quelques jours, nous nous réveillons en Slovaquie, déjeunons en Hongrie, goûtons côté slovaque pour nous rendormir en Hongrie. Un coup de pagaie nous fait passer d’un pays à l’autre. Sur la photo ci-dessous nous apercevons Esztergom vue de Slovaquie. Les arbres au premier plan sont slovaques, ceux d’en face hongrois.

Esztergom

Nous pagayons désormais en Hongrie, le mois d’août se termine. Nous attendons avec impatience les pluies d’automne et, scrutant les cieux désespérément bleus, fredonnons la suite de notre chanson :

« A partir de ce jour j’ n’ai plus baissé les yeux,
J’ai consacré mon temps à contempler les cieux,
A regarder passer les nues,
A guetter les stratus, à lorgner les nimbus,
A faire les yeux doux aux moindres cumulus,
Mais il n’est pas revenue. »… enfin nous, nous espérons que si !