Kazakhstan

Depuis notre arrivée en Asie Centrale, notre quête de musique traditionnelle a pris un sérieux coup dans l’aile. Nos jambes étant occupées tantôt à traverser les steppes désertes du Kazakhstan, tantôt à gravir des cols au Kirghizistan, notre esprit s’en est trouvé moins ouvert à la recherche de musique.

Ainsi nous n’avons pas saisi la seule bonne occasion qui s’est présentée. En gravissant un col pour sortir du lac Song Kul nous avons aperçu un groupe d’hommes assis devant une yourte. L’un d’eux jouait de la dombra. Nous avons hésité quelques instants, mais cela faisait plusieurs jours que nous étions coincés au bord du lac à cause du mauvais temps. Nous profitions d’une éclaircie un peu plus grande pour franchir ce col et rallier un village pour nous réapprovisionner. Pensant retrouver ce genre de situation par la suite, nous avons continué notre route et laissé passer notre chance .

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Par la suite à chaque fois que nous avons demandé à entendre de la la musique traditionnelle, on nous a renvoyé sur des sites comme youtube… Dans tous les cas la musique traditionnelle semblait être le cadet de leurs soucis. Pourquoi écouter de la musique instrumentale lorsque tout le monde a de la musique commerciale kirghize, russe ou américaine sur son téléphone !

Quelques jours avant de quitter le Kirghizistan, nous nous secouons d’avantage pour trouver de la musique. Nous nous rendons dans différents offices de tourisme des principales villes du lac Issyk Kul. Personne ne sait nous renseigner. Une fois, à Bokombayevo, on nous propose d’organiser pour nous une soirée DJ où nous pourrons écouter les derniers tubes à la mode… Nous quittons donc le Kirghizistan les mains vides.

Mais avant de partir pour la Chine, nous avons une semaine à passer à Almaty. Nous tentons de forcer la chance en nous rendant au musée des instruments de musique traditionnels de la ville. Encore une fois nous rentrons bredouilles et sans information. Il faut dire que notre mauvaise connaissance du russe ne nous aide pas dans nos recherches.

Heureusement, un peu par hasard, nous apprenons qu’un concert avec instruments traditionnels va avoir lieu sur une place de la ville.

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Nous rêvions d’une musique qui faisait écho à notre imaginaire des bergers nomades, d’un petit groupe de musiciens habitués à jouer dans leurs yourtes. Bien sûr ce n’est pas ça que nous trouvons à Almaty. Il s’agit de la parade des orchestres de la ville. Nous sommes un peu déçus mais en réalité ce concert est intéressant car on y voit une musique qui a subit beaucoup d’évolutions depuis le XXème siècle.

Du temps de l’URSS, la musique traditionnelle kazakhe a été récupérée et transformée pour s’adapter aux grands ensembles “à la russe” ainsi qu’à leur musique. On voit aussi dans ce concert diverses influences plus modernes.

Solo pour dombra et orchestre :

Ce morceau est un “solo” pour dombra et orchestre. La dombra est l’instrument emblématique du Kazakhstan, à tel point qu’un proverbe dit “ Un vrai Kazakh n’est pas un Kazakh, un vrai Kazakh est une dombra ». C’est un instrument à cordes pincées, muni de deux cordes. Assez étonnement il ne possède aucune ouverture sur sa caisse ( ni ouïe, ni rosace).

En écoutant cette musique on peu imaginer le galop du nomade sur son cheval à travers la steppe.

L’orchestre possède une très grosse section de dombra (devant à gauche) et une autre grande section de Kobyz (devant au centre et à droite) qui est l’autre instrument traditionnel célèbre du Kazakhstan.

Solo de Kobyz :

Le Kobyz est l’instrument soliste de ce morceau, joué par l’ensemble du concert. Cet instrument qui se prononce « kobouz » est taillé dans un bloc de noyer. Sa caisse de résonance a la particularité d’être ouverte. Seule une petite partie en bas de l’instrument est recouverte d’une peau de chameau, afin d’y placer le chevalet. C’est un instrument à cordes frottées. Le kobyz a seulement deux cordes, celles-ci sont tressées en crin de cheval. Traditionnellement, un miroir est placé dans la caisse de l’instrument. Le musicien peut le voir, il sert de porte entre le monde d’ici et le monde des esprits. C’était un instrument très symbolique dans la religion chamanique des anciens kazakhs. Pour cette raison, seuls les bardes chamanes avaient le droit d’en fabriquer.

L’Hiver des quatre saisons de Vivaldi au Kobyz :

C’est aussi un kobyz qui interprète l’Hiver des quatre saisons de Vivaldi. Mais il est différent de celui qui jouait le morceau précédent. Ici c’est un kobyz « modernisé ». En effet, à partir de 1930, les russes ont transformé les instruments traditionnels kazakhs pour les adapter à leurs ensembles de musique. Ils transforment ainsi le kobyz, en le rendant plus proche du violon. Le kobyz moderne est plus petit, sa caisse est entièrement recouverte et il possède 4 cordes accordées comme le violon.

Dans l’orchestre du concert on trouve d’ailleurs ces deux sortes de kobyz : le traditionnel (devant au centre) et le « moderne » (devant à droite).

«Je ne regrette rien » :

Après avoir entendu un extrait des quatre saisons, nous sommes aussi amusés d’entendre « Je ne regrette rien » d’Edith Piaf. C’est la chanteuse française qui semblait être la plus célèbre dans tous les pays que nous avons traversés.

 

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